Économie

 Haïti opte pour une meilleure place au marché mondial du cacao

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Culture de rente à forte potentialité commerciale, le cacao s’inscrit d’emblée dans la liste des produits historiques d’Haïti. Il occupe le peloton de tête des denrées exportables du pays, rivalise de qualité avec les cacaos du monde et compte parmi les rares productions haïtiennes à avoir écoulé plus de 10 000 tonnes sur le marché international tout le long de la première moitié du 20e siècle. Malgré cette belle carte de visite, le cacao est en chute libre depuis des lustres au niveau de la production, chute due en grande partie à la réduction significative des surfaces emblavées. Face à cette situation, les acteurs de la filière se sont mis ensemble pour renforcer sa chaine de valeur et sa compétitivité. Cela a abouti à l’organisation d’un « Atelier de restitution du cadre stratégique de la chaine de valeur du cacao d’Haïti ». Atelier réussi, selon les organisateurs et participants. Les Actes attendent encore le verdict des autorités compétentes.

Les dernières assises pour une meilleure définition et organisation de la filière cacao tenues le 27 août 2024 à l’hôtel Montana, dénommées «Atelier de restitution du cadre stratégique de la chaine de valeur du cacao», ont offert l’occasion au ministre haïtien de l’Agriculture, Vernet Joseph, de saluer tous les partenaires ayant contribué à l’élaboration du document relatif au «Cadre stratégique du développement et de la gouvernance du cacao d’Haïti». Parmi ces partenaires, on trouve l’Institut national du café (INCA), Agronomes et Vétérinaires sans frontières (AVSF), les professionnels du ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR), le Group Croissance, AYITICA, Rebo, Geo Wiener, les fédérations de coopératives du cacao, etc.

Le ministre Vernet Joseph a profité de sa prise de parole pour passer en revue des données plus ou moins récentes de la filière cacao qui mettent en lumière la chute brutale de cette production qui est passée de 20 000 tonnes en 1960 à 5 000 tonnes en

2002. «Néanmoins, générant en moyenne 536 millions de gourdes par an depuis près de cinq ans, le cacao occupe la 3e place des exportations agricoles nationales», a indiqué M. Joseph, soulignant au passage qu’environ 130 000 personnes tirent leur revenu dans cette filière.

 En dépit des contraintes de divers ordres auxquelles fait face le cacao, le ministre de l’Agriculture estime que cette culture est encore un atout majeur, un pilier fort, à partir duquel peut s’élargir l’assiette économique nationale grâce aux rentrées de devises qu’elle génère. À cela s’ajoutent les défis majeurs auxquels la filière devra répondre, tels que l’aide à la reforestation et la protection des bassins versants à travers des activités agricoles pérennes.

«Elle accroitra la productivité des actifs agricoles et augmentera la production nationale exportable», a soutenu le ministre, qui reconnait à cet égard que le défi, consistant à redonner au cacao une place de choix dans l’économie nationale grâce à la demande mondiale croissante, est énorme.

En terminant son allocution du jour, le titulaire du MARNDR a formulé le vœu que l’atelier apporte une réponse concrète à cette interrogation cruciale: Comment va-t-on devoir parvenir à la relance de la filière cacaoyère en Haïti dans une perspective des intérêts immédiats des producteurs agricoles, des entrepreneurs agricoles avec l’augmentation de la richesse suivant une dynamique de bonne gouvernance ?

Quelques grandes lignes du document du Cadre stratégique pour le développement et la gouvernance de la filière cacao

Le P.D.G de InterConsultants, un cabinet international d’études et de renforcement de capacités, Jempsy Fils−Aimé, était chargé de présenter les grandes lignes du document du Cadre stratégique pour le développement et la gouvernance de la filière cacao.

Le contexte mondial et la filière du cacao

Un document divisé en trois parties : Introduction ; Diagnostic de la filière cacao ; Stratégie pour le développement de la filière. Dans la partie relative à l’introduction du document, le présentateur Jempsy Fils−Aimé a tout d’abord présenté le contexte mondial et la filière du cacao. Un contexte marqué par une demande de plus en plus croissante pour ce produit dans le monde, passant de 3.2 millions de tonnes métriques en 2004 à 4 millions de tonnes métriques en 2012.

Ces données, selon M. Fils Aimé, font état d’une demande de plus en plus élevée pour le cacao sur un marché mondial estimé à environ 10 milliards de dollars par année.

Sur le plan national, le cacao constitue l’une des exploitations historiques d’Haïti. Elle représente, selon les données de M. Fils−Aimé, 60% des revenus des producteurs. Du point de vue environnemental, elle fait partie d’un système d’agroforesterie que nous appelons Jardin créole, composé de fèves vivrières et d’arbres fruitiers et forestiers. Le cacao joue donc un très grand rôle dans la protection des bassins versants du pays, a fait remarquer le présentateur, qui a fait état d’une crise récurrente dans la filière depuis plusieurs décennies.

Cette crise est à la base de la diminution de la production cacaoyère, occasionnée par une réduction significative des surfaces emblavées. «Cependant, en dépit des problèmes, nous avons un fort potentiel, des avantages compétitifs pour une production de cacao haut de gamme en Haïti, notamment en raison des variétés disponibles dans le pays, telles les Criollo et les Trinitario, produites en Haïti», a relaté le P.D.G de la firme InterConsultants.

Forts de ce potentiel, les acteurs de la filière ont collaboré avec l’Institut national du café haïtien (INCA) afin de doter cette filière d’un Cadre stratégique pour la gouvernance et le développement de la filière cacao. L’objectif du cadre stratégique est de faciliter un développement efficace assez inclusif en vue de la relance durable de la filière cacaoyère en Haïti dans un contexte mondial favorable à travers la mise en place d’un cadre d’orientation stratégique.

Un tel état de fait représente une opportunité unique pour le pays de relancer cette filière qui peut générer beaucoup de devises pouvant permettre d’améliorer la croissance économique défaillante du pays depuis plus de cinq années consécutivement, une croissance économique avec des répercussions positives sur le revenu des gens impliqués dans cette filière, particulièrement les petits producteurs.

En termes de méthodologie adoptée dans l’élaboration du cadre stratégique, les acteurs concernés ont opté pour la voie participative qui a impliqué toutes les composantes de la filière, que ce soient les coopératives, les entreprises de transformation et d’exportation, les producteurs, le MARNDR, l’INCA, les ONG (dont l’AVSF), les bailleurs de fonds, etc. Un processus participatif et agile à travers des ateliers de formation pour s’assurer que le travail est bien fait. Ce processus, qui s’est étalé sur plusieurs années, a commencé en avril 2022 pour se terminer en décembre 2023.

L’analyse de l’environnement externe de la filière

Deux facteurs principaux affectent l’offre de cacao au niveau mondial à court et à moyen terme: la zone de plantation (agroécologie) et le rendement des arbustes (performance variétale). Il y a trois principales variétés de cacao qui sont cultivées à travers le monde: la Criollo, la Forastero, la Trinitario. Deux variétés seulement sont cultivées en Haïti : la Criollo et la Trinitario. Haïti a une superficie emblavée de 18 000 ha. La majorité du cacao produit est tournée vers l’exportation (70%).

Répartition géographique de la production cacaoyère Du point de vue géographique, c’est l’Afrique qui produit le plus de cacao avec plus de 70% de la production mondiale. Ensuite l’Amérique latine, qui produit 15%, et l’Asie produit le reste.

Positionnement d’Haïti par rapport à la production mondiale du cacao

Dans le cas d’Haïti, le présentateur du document a fait savoir qu’il y aurait beaucoup de discussions quant à la production cacaoyère exacte d’Haïti qui varie entre 5 000 et 14 000 tonnes par année. De telles données placent Haïti en 17e position au niveau mondial.

Le cacao représente actuellement la 3e denrée d’exportation d’Haïti après le vétiver et la mangue. La filière génère un revenu évalué entre 5 et 7.5 millions de dollars américains par année, ce qui en fait une filière d’une très grande importance pour l’économie haïtienne, au dire du présentateur, qui a précisé d’un autre côté que les exportations du cacao haïtien n’ont pas cessé de diminuer de 2008 à 2023.

Environnement externe

Relativement aux enjeux de la filière, M. Fils−Aimé a noté trois éléments sur lesquels Haïti doit compter pour assurer la promotion de son cacao. Il s’agit de:

•           la reconnaissance de la bonne qualité du cacao haïtien sur les marchés de niche et d’autres marchés plus rémunérateurs. C’est un cacao de haute gamme ;

•           la possibilité d’une vulgarisation de la fermentation comme stratégie pour améliorer la qualité du cacao afin de mieux le positionner sur le marché international ;

•           la production d’un cacao bio organique très demandé sur le marché mondial. Pas de pesticides ni de produits chimiques pour la production du cacao haïtien. Selon M. Fils−Aimé, ces trois éléments constituent donc des facteurs sur lesquels Haïti peut capitaliser pour relancer sa filière de cacao.

Les faiblesses de la filière

Quant aux faiblesses de la filière cacao d’Haïti, elles sont au nombre de quatre :

•           les problèmes de contrôle de la qualité qui commencent dès la récolte, en passant par le séchage jusqu’à la transformation. Pour combler cette faiblesse, les infrastructures adéquates sont nécessaires ;

•           le problème de certification, dont le coût est très élevé pour les petits producteurs. Même les coopératives ne peuvent supporter les coûts de certification ;

•           le manque de promotion de notre cacao à l’échelle internationale. Les pays chefs de file du cacao font des promotions agressives de leur produit au niveau international. Nous devrions utiliser les canaux de marketing disponibles pour faire la promotion de notre produit ;

•           la  vulnérabilité  des  opérateurs  aux  chocs

économiques et financiers.

L’environnement interne de la filière

•           La gouvernance de la filière fait bel et bien partie de l’environnement interne de la filière du cacao. Ce rôle de pilotage de la filière est attribué à l’État, même si ce dernier n’a pas encore les moyens de sa politique.

•           Au niveau de la gouvernance nous avons noté la présence de plusieurs acteurs comme les institutions étatiques: l’INCA et le MARNDR et le ministère du Commerce qui fait le pilotage des politiques publiques dans cette filière.

•           Les partenaires économiques et financiers comme l’AMC, la Coopération Suisse, la BID et la Banque mondiale qui appuient cette filière. D’autres institutions du secteur privé comme Rebo, GeoWiener, AYITICA qui font un grand travail d promotion du cacao.

•           Les coopératives sont au nombre 25. Il y a deux réseaux de coopérative: dans le Nord, FECCANO et dans le Sud, RECOCAGA.

Le  présentateur  a  pointé  du  doigt  certaines faiblesses au niveau de la gouvernance, surtout en ce qui concerne l’absence d’un document d’orientation stratégique spécifique à la filière et aussi l’absence d’un décret ajoutant le cacao aux attributions de l’INCA. Il a en outre mentionné une absence de mécanisme de pilotage, de coordination et de contrôle au niveau national et des grands pôles de production (Sud et Nord), etc.

Au niveau de l’environnement interne de la filière, il y a très peu de recherches. M. Fils−Aimé a aussi noté le fait que bien que la fermentation ait débuté au cours des 5 à 10 dernières années, il n’y a jusqu’à présent aucune vulgarisation importante qui a été faite la concernant. Une façon assez aisée d’améliorer la qualité du cacao.

Haïti a une superficie emblavée de 18 000 ha. La majorité du cacao produit est tournée vers l’exportation (70%).

La vision de la filière pour les 10 prochaines années: Une filière compétitive qui génère des revenus accrus et qui agit comme levier de création d’emplois décents et de restauration des bassins versants.

Garry Cyprien

DevHaiti

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