Situation socio-économique de la chaine Cacao, les enjeux, le diagnostic et la gouvernance
Haïti, étant située dans une zone tropicale dont la température varie entre 18˚C et 32˚C, constitue un environnement favorable pour la culture du cacao. Avec le temps, plusieurs facteurs ont grandement affecté la filière cacao dans le pays, ce qui représente un manque à gagner pour les exploitants dont les moyens de subsistance en dépendaient largement.
Situation socio-économique difficile
L’atmosphère globale du pays influe énormément sur son positionnement sur le marché international. Les conditions sociales, financières et économiques des principaux acteurs économiques peuvent, dans certains cas, constituer un frein au développement de certaines cultures et parfois provoquer l’abandon si celles-ci ne fournissent pas les rendements escomptés.
Les nombreuses crises sociopolitiques qu’a connues le pays depuis les années 1980 ont eu de graves conséquences sur plusieurs secteurs de l’économie en général, l’agriculture en particulier qui ne bénéficie pas de financements nécessaires pour sa pleine croissance. Ainsi, l’inflation galopante que connait Haïti n’a pas épargné les producteurs de cacao qui, eux aussi, subissent de plein fouet les impacts de la décélération de la croissance et la dépréciation de la monnaie nationale face au dollar américain, ce qui affecte, par conséquent, le revenu moyen des ménages.
Augmentation de la pauvreté
Selon des données publiées par la Coordination nationale de la sécurité alimentaire (CNSA), la pauvreté a affecté beaucoup plus les communautés rurales qui représentent environ 50% de la population, dont 53% d’entre elles se trouvent en situation d’extrême pauvreté avec un revenu inférieur à 1$ américain par jour. Dans le même temps, le producteur de cacao haïtien connait lui aussi cette précarité et les inégalités sociales.
Avec une parcelle qui varie entre 0.2 et 3 hectares en moyenne et un rendement généralement faible, les exploitants arrivent à peine à s’en sortir. Annuellement, ils perçoivent un revenu de $600 dollars américains par hectare dans des espaces de production où le cacao représente environ 60% des revenus totaux des agriculteurs.
Vulnérabilité aux catastrophes naturelles
Outre les difficultés liées aux conditions socio−économiques, la filière cacao subit aussi les méfaits des catastrophes naturelles. Selon des données publiées par le gouvernement haïtien (2010−2017), Haïti a enregistré des dommages et des pertes estimés à 120% de son produit intérieur brut au cours des 20 dernières années. La diminution de la pluviométrie et l’augmentation des températures, qui sont une conséquence immédiate du réchauffement climatique, représentent de graves menaces pour la survie même de la filière qui nécessite des conditions favorables pour son développement.
Enjeux de la filière du cacao en Haïti
En plus des difficultés liées à la situation économique du pays, il existe d’autres obstacles qu’il faut surmonter, notamment en ce qui a trait aux problèmes de contrôle de qualité, mais aussi en matière d’équipements et d’infrastructures qui ne sont pas adaptés. Aussi faut−il rappeler que les petits exploitants et les coopératives agricoles, vu leurs conditions de travail, n’arrivent pas à obtenir la certification requise pour écouler leurs produits à l’échelle internationale. Le manque de promotion du cacao haïtien et la vulnérabilité des producteurs face aux risques environnementaux, chocs financiers sont entre autres défis que connait la filière.
En dépit des contraintes, c’est un secteur qui peut compter sur son fort potentiel caractérisé principalement par la reconnaissance de la bonne qualité du cacao haïtien (classé comme fin et aromatique) sur le marché international. Une opportunité qui peut permettre d’inscrire Haïti sur la liste des pays producteurs de cacao fin et aromatique de l’Organisation Internationale du cacao. Avec la forte demande mondiale pour un cacao organique, Haïti peut se positionner en tant que potentiel leader du marché puisque la production haïtienne du cacao se fait généralement sans engrais chimique.
Gouvernance de la filière du cacao en Haïti
En matière de gouvernance, l’État n’a pas toujours accordé d’importance à la régulation de la filière pendant plusieurs générations malgré la place du cacao dans l’économie nationale. Il a été décidé de créer par arrêté présidentiel du 7 février 2003, à la suite de la mobilisation d’acteurs du secteur, l’Institut National du café d’Haïti (INCAH) qui est placé sous la tutelle du ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR) et ayant un rôle de pilotage à jouer dans la filière cacao.
Malgré sa création, l’État n’arrive pas à supporter la chaine pour un meilleur positionnement sur le plan international à cause de l’absence d’un cadre stratégique pour le développement de la filière, ce qui permettrait de mieux canaliser les ressources financières et une meilleure utilisation de l’assistance fournie par le secteur public en matière d’orientations technique et institutionnelle.
Au sein de la filière cacao, il existe toute une panoplie d’acteurs qui contribuent au fonctionnement de celle−ci, en dépit des défis auxquels ils font face. Parmi lesquels on peut compter les institutions étatiques qui s’occupent traditionnellement de l’aspect régulation, pilotage et politiques publiques: INCAH, MARNDR, MEF, BRH. Pour la mise en œuvre des différents projets, les partenaires techniques et financiers, dont les bailleurs de fonds, les agences d’exécution et ONG qui supportent la chaine. Il faut compter parmi les institutions impliquées, les entreprises et organismes de services et de conseils (fournisseurs d’intrants entre autres), sans oublier les producteurs, les coopératives de producteurs, les intermédiaires (spéculateurs, voltigeurs / Madan sara), les exportateurs ainsi que les transformateurs.
Il convient de signaler qu’il n’existe pas de mécanisme national de coordination pouvant fournir des orientations stratégiques et opérationnelles aux différents acteurs impliqués dans la filière malgré la présence d’institutions publiques, telles les Bureaux Agricoles Communaux (BAC) et les Directions Départementales d’Agriculture (DDA). Pour pallier ce problème, des initiatives isolées, certes, sont prises dans certaines régions à travers la mise sur pied de tables sectorielles, comme c’est le cas au niveau de la Grand’Anse, et aussi la création de coopératives, ce qui constitue un atout majeur pour une meilleure gouvernance du secteur.
Remixon Guillaume
DevHaiti

