Deux budgets pour une transition : analyse comparative des exercices 2024‑2025 et 2025‑2026 sous le règne du CPT
Le Conseil Présidentiel de Transition a quitté la scène politique en laissant derrière lui deux exercices budgétaires distincts. Si le budget 2024-2025 peut désormais être jugé à l’aune de ses résultats, le budget 2025-2026, toujours en cours d’exécution, appelle une analyse prudente mais exigeante. Entre héritage d’instabilité et pari sur la sortie de crise, que nous disent réellement ces budgets sur la gouvernance économique de la transition ?
Depuis le 7 février 2026, le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) n’est plus. Son mandat est arrivé à expiration, laissant derrière lui deux exercices budgétaires qui méritent aujourd’hui une lecture lucide et sans complaisance. Le premier, le budget 2024-2025, appartient désormais au passé et peut être évalué à l’aune de ses résultats réels. Le second, le budget 2025-2026, est toujours en cours d’exécution et doit être analysé avec prudence, mais également avec vigilance, tant il porte les promesses – et les risques – de la fin de la transition.
Un budget 2024-2025 marqué par l’instabilité et la sous-exécution
Le budget de l’exercice 2024-2025 restera comme l’un des plus instables de l’histoire récente des finances publiques haïtiennes. Trois actes budgétaires adoptés en un seul exercice, dont un à la veille de la clôture fiscale, ont consacré une planification erratique et fragilisé la crédibilité de l’action publique.
Au-delà des textes, l’exécution a été le véritable talon d’Achille. À un mois de la fin de l’exercice, à peine plus de la moitié des dépenses prévues avaient été effectivement engagées. Plus préoccupant encore, les dépenses d’investissement – censées soutenir la relance et amortir la crise – n’ont été exécutées qu’à hauteur d’environ un quart des montants programmés.
Ce budget, aujourd’hui clos, révèle une réalité sans appel : l’État disposait de marges financières, mais n’a pas su – ou pas pu – les transformer en action économique concrète. L’insécurité, la centralisation excessive des décisions et l’absence de redéploiement territorial des investissements ont vidé la dépense publique de son rôle de levier macroéconomique.
Le budget 2025-2026 : une rupture dans le discours, pas encore dans les faits
Adopté en octobre 2025, le budget 2025-2026 se voulait un budget de sortie de transition. Il affiche une augmentation de l’enveloppe globale et met en avant des priorités politiques claires : rétablissement de la sécurité, organisation des élections, stabilisation macroéconomique et relance ciblée.
Sur le plan du discours, la rupture avec l’exercice précédent est réelle. Le gouvernement assume un cap et cherche à restaurer la confiance des partenaires économiques et financiers. Toutefois, la structure du budget invite à la prudence. La hausse globale des crédits profite principalement aux dépenses courantes, tandis que les dépenses d’investissement reculent légèrement en valeur absolue et perdent du poids relatif dans l’ensemble budgétaire.
Autrement dit, alors même que l’échec du budget 2024-2025 a montré que la faiblesse de l’investissement public constituait un verrou majeur, le budget 2025-2026 ne corrige pas fondamentalement cette dérive. Il entérine, pour l’instant, un État davantage gestionnaire de charges que moteur de développement.
Un pari conditionné par la sécurité
Contrairement à l’exercice précédent, le budget 2025-2026 ne peut pas encore être jugé sur ses résultats. Il repose toutefois sur une hypothèse centrale : une amélioration tangible des conditions sécuritaires. Sans celle-ci, les projections de croissance, la maîtrise de l’inflation et la relance de l’investissement resteront largement théoriques.
Le risque est donc clair : reproduire, avec un récit plus cohérent, les mêmes impasses opérationnelles que lors de l’exercice écoulé. L’expérience récente montre que ce ne sont ni les montants inscrits au budget ni la sophistication des cadres macroéconomiques qui font défaut, mais bien la capacité de l’État à exécuter, à arbitrer et à territorialiser l’action publique.
Entre bilan et mise en garde
Le budget 2024-2025 appartient désormais à l’histoire budgétaire du CPT, et son verdict est sévère : instabilité, sous-exécution et absence d’impact macroéconomique significatif. Le budget 2025-2026, encore en cours, représente un pari politique et économique qui n’a pas encore livré ses résultats.
L’enjeu, pour les autorités actuelles et à venir, est de rompre avec la logique d’un budget de survie administrative pour faire émerger un véritable budget de reconstruction nationale. À défaut, Haïti risque de continuer à produire des budgets de transition… sans transition réelle.
Entre un budget 2024-2025 marqué par la sous-exécution et un budget 2025-2026 encore suspendu aux aléas sécuritaires, la gestion budgétaire du Conseil Présidentiel de Transition pose une question centrale : l’État haïtien est-il en mesure de faire du budget un véritable outil de sortie de crise, ou demeure-t-il prisonnier d’une logique de gestion minimale ?
Alors que le budget 2024-2025 appartient désormais au passé, le budget 2025-2026 poursuit son exécution dans un contexte toujours fragile. Leur lecture comparée met en lumière les faiblesses structurelles de la gouvernance budgétaire de la transition, tout en soulignant les risques qui pèsent encore sur les ambitions affichées pour l’exercice en cours.
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