Gouvernance

Impact de la crise actuelle dans la zone métropolitaine

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Depuis l’adoption des Objectifs du millénaire pour le développement en 2000, Haïti n’a pas su tirer parti du contexte international favorable pour combler son retard en matière de développement. En raison de crises politiques et sécuritaires récurrentes, le pays a enregistré de faibles performances macroéconomiques, avec peu de progrès sur le plan social. La croissance économique est restée atone durant les décennies 2000-2010 et 2010-2020, tandis que les crises sociales et les catastrophes naturelles ont encore réduit la capacité du pays à faire reculer la pauvreté et l’extrême pauvreté. De 2020 à 2025, la dégradation continue du climat sécuritaire a profondément affecté des secteurs essentiels tels que l’alimentation, l’éducation et la santé.

En effet, selon le rapport intitulé Évaluation Rapide de L’impact de la Crise en Haïti (ERIC, octobre 2024), la situation alimentaire en Haïti a atteint un niveau alarmant, conséquence directe de la violence persistante dans le pays. Selon les données de l’IPC pour mars à juin 2024, environ 5 millions de personnes, soit 50 % de la population analysée, sont en situation d’insécurité alimentaire et nutritionnelle aiguë. C’est la proportion la plus élevée jamais enregistrée dans le pays. Haïti se classe désormais au troisième rang mondial des pays les plus touchés, après Gaza et le Soudan du Sud. Depuis août 2023, le nombre de personnes touchées a augmenté de plus de 600 000. L’assassinat du président Jovenel Moïse et la crise de gouvernance qui va avec ne sont pas sans effet sur la situation alimentaire du pays. Depuis cet évènement en juillet 2021, le nombre de personnes en situation de crise alimentaire a augmenté de plus de 850 000.

La crise sécuritaire a aussi gravement endommagé les infrastructures d’éducation et de santé, mettant en péril l’accès aux services de base. Dans la zone métropolitaine (ZMPP), seuls 37 % des 93 établissements de santé équipés de lits restent pleinement opérationnels. En 2024, environ 1,2 million d’enfants, soit 90 % de ceux vivant dans les zones touchées, ne peuvent plus fréquenter l’école régulièrement. Les fermetures prolongées exposent ces enfants au décrochage scolaire et au risque d’enrôlement par des groupes armés. Les écoles privées signalent des taux de déperdition pouvant atteindre 60 %, compromettant leur survie. L’enseignement supérieur, déjà fragile, a également été fortement affecté. Plus de 66 000 étudiants sont directement touchés par l’interruption des activités universitaires.

Sur le plan finance personnelle, dans le rapport ERIC 2024, nous pouvons remarquer tout un désenrichissement des populations déplacées. Dans la ZMPP, le loyer annuel d’une chambre individuelle varie de 25 000 à 150 000 gourdes, avec une moyenne de 44 363 gourdes. Ces montants représentent un fardeau important, surtout lorsqu’ils s’ajoutent aux autres dépenses de base. La majorité des personnes déplacées viennent de Port-au-Prince, et leurs besoins prioritaires concernent le logement et l’alimentation. Environ 32 % des locataires ont vu leur loyer augmenter depuis leur installation, certains payant jusqu’à 200 % de plus. Cette hausse fragilise davantage leur situation économique. Elle aggrave aussi les inégalités et l’exclusion sociale.

Éradiquer la pauvreté à Port-au-Prince nécessiterait un investissement annuel massif dépassant 0,5 milliard de dollars. Selon les estimations du Macro Poverty Outlook 2024, il faudrait environ 40 millions de dollars par an pour éliminer l’extrême pauvreté et près de 573 millions pour éradiquer la pauvreté globale. Ces calculs reposent sur l’écart de pauvreté multiplié par la population et le seuil de pauvreté, avec une majoration de 25 % pour les coûts opérationnels. Bien que ces scénarios soient difficiles à mettre en œuvre, car ils supposent un ciblage parfait, ils offrent une base comparative solide. Ils rappellent l’ampleur des besoins et soulignent l’urgence d’une réponse structurée.

DevHaiti

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