Budget 2024-2025 : l’éducation au cœur des priorités, mais une exécution mitigée
Dans le budget 2024-2025 du gouvernement haïtien, le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) bénéficiait d’une enveloppe de 47 275,8 millions de gourdes, équivalant à plus de la moitié du budget social (51,5 %).
Malgré cette dotation ambitieuse, l’exécution du budget montre un écart notable entre les prévisions et les réalisations. Sur un total de 35 505,6 millions de gourdes de crédits disponibles pour l’exercice, le MENFP n’a dépensé que 18 990,2 millions, soit 53,5 % des fonds prévus à la période allant d’octobre 2024 à mai 2025. Ce taux d’exécution, bien qu’il soit le plus élevé du secteur social, traduit néanmoins des défis persistants dans la mise en œuvre des programmes éducatifs. Les retards administratifs, le manque d’infrastructures scolaires adéquates et les difficultés logistiques dans plusieurs départements continuent de freiner la pleine utilisation des ressources allouées.
Dans un pays où près d’un enfant sur quatre reste en dehors du système scolaire, la lente exécution du budget éducatif a des conséquences concrètes. Les projets d’investissement publics destinés à la réhabilitation des écoles, à la formation des enseignants ou à la distribution de matériel pédagogique connaissent souvent des reports. Si les dépenses salariales absorbent une part importante du budget, les crédits destinés aux infrastructures et au fonctionnement restent sous-utilisés. Ce déséquilibre limite la capacité du MENFP à améliorer la qualité de l’enseignement et à garantir un accès équitable à l’éducation, en particulier dans les zones rurales et défavorisées.
Les autres ministères sociaux présentent des taux d’exécution encore plus faibles : le ministère de la Santé publique et de la Population affiche 39,1 %, le ministère des Affaires sociales et du Travail 38,6 %, tandis que le ministère à la Condition féminine atteint 37 %. Le taux moyen du secteur social s’élève à 48 %, confirmant que, malgré les priorités budgétaires, la mise en œuvre reste partielle. Dans ce contexte, l’éducation conserve une avance relative. Cependant, cette performance ne suffit pas à compenser les lacunes systémiques en matière de gouvernance et d’exécution des dépenses publiques.
Pour que l’éducation joue pleinement son rôle de levier de développement, il est essentiel d’améliorer la capacité d’exécution du MENFP. Une meilleure planification des projets, la décentralisation de la gestion budgétaire et un suivi rigoureux de l’utilisation des fonds doivent être mis en place. De même, l’investissement dans la formation des enseignants, la modernisation des écoles et le renforcement du pilotage administratif peuvent contribuer à maximiser l’impact des dépenses. En définitive, l’efficacité de l’action publique dans l’éducation déterminera en grande partie la réussite des ambitions sociales du gouvernement pour l’exercice 2024-2025.

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