Économie

Budget 2025‑2026 : comprendre les priorités d’un État en transition

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Le gouvernement haïtien a adopté, le 9 octobre 2025, en Conseil des ministres, le budget de l’exercice fiscal 2025-2026, marquant une étape clé dans la conduite du processus de transition politique. D’un montant global de 345,5 milliards de gourdes, ce budget enregistre une hausse de 6,8 % par rapport au budget rectificatif 2024-2025, selon un communiqué du Ministère de l’Économie et des Finances (MEF).

Présenté comme un instrument de continuité de l’action publique, le budget 2025-2026 vise à renforcer les priorités stratégiques définies par le gouvernement de transition, notamment en matière de sécurité publique, d’organisation des élections et de stabilisation macroéconomique.

Un budget inscrit dans le contexte de la transition

D’après le MEF, l’adoption de ce budget intervient à un moment jugé décisif pour la transition politique. Le gouvernement affirme vouloir, à travers cet exercice budgétaire, consolider les acquis en cours, restaurer la confiance et jeter les bases d’une croissance inclusive et durable.

Dans cette perspective, le budget 2025-2026 s’aligne sur les axes stratégiques définis dans l’accord politique du 3 avril 2024, en mettant l’accent sur :

  • le rétablissement de la sécurité publique et nationale, désormais considérée comme un facteur de production ;
  • l’organisation d’élections générales inclusives et le rétablissement de la légitimité démocratique ;
  • le redressement économique et la relance ciblée par région ;
  • le renforcement de l’État de droit, de la justice et de la lutte contre la corruption ;
  • l’amélioration de l’accès aux services sociaux de base, notamment en matière de sécurité alimentaire ;
  • la modernisation de l’administration fiscale et budgétaire ;
  • la stabilisation macroéconomique et la discipline budgétaire.

Le gouvernement indique également privilégier une approche territorialisée des politiques publiques, avec une attention particulière portée à la départementalisation des dépenses et au suivi des investissements par région.

Des hypothèses macroéconomiques prudentes

Le cadre macroéconomique accompagnant le projet de budget table sur une croissance du PIB de 0,3 % pour l’exercice 2025-2026, après plusieurs années de contraction économique. Le taux d’inflation de fin de période est projeté à 23,4 %, tandis que la pression fiscale attendue est estimée à 4,3 %, en baisse par rapport à l’exercice précédent.

Le gouvernement prévoit par ailleurs un financement monétaire nul et des émissions nettes de bons du Trésor de 29,2 milliards de gourdes, dans une optique de maîtrise des équilibres macroéconomiques.

Une structure budgétaire dominée par les ressources domestiques

Selon les grandes masses budgétaires présentées par le MEF, le budget 2025-2026 sera financé à 80,9 % par des ressources domestiques. Les recettes issues de la Direction générale des impôts (DGI) et de l’Administration générale des douanes (AGD) représentent 70,5 % des voies et moyens, soit environ 243,5 milliards de gourdes.

Les dons et emprunts sont évalués à 65,9 milliards de gourdes, soit 19,1 % de l’enveloppe globale. Les bons du Trésor et les autres financements internes complètent le dispositif de financement.

Du côté des dépenses, les dépenses courantes s’élèvent à 213,6 milliards de gourdes, représentant 61,8 % du budget total, avec une forte prépondérance des dépenses de personnel. Les dépenses de capital, quant à elles, totalisent 131,9 milliards de gourdes, soit 38,2 % du budget, financées à la fois par des ressources domestiques et externes.

Des priorités sectorielles explicitement affichées

Le communiqué du MEF met en avant plusieurs axes prioritaires pour l’utilisation des crédits budgétaires, notamment :

  • la réhabilitation et l’équipement des commissariats et postes de police ;
  • le renforcement des capacités de la Police nationale d’Haïti et des Forces armées d’Haïti ;
  • l’organisation logistique et sécuritaire des élections ;
  • la relance économique, en particulier dans les secteurs productifs et les infrastructures ;
  • le renforcement des mécanismes de protection sociale, notamment à travers la reconduction du Food Shock Window (FSW).

À travers ce budget, le gouvernement affirme sa volonté de mener à terme le processus de transition et de créer les conditions d’un retour progressif à la normalité institutionnelle.

DevHaiti

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