Corruption et gouvernance: le sombre carnet du FMI à Haïti
En matière de gouvernance optimale et de lutte contre la corruption, dire qu’Haïti est un élève déplorable relève d’un doux euphémisme. C’est un secret de Polichinelle qu’Haïti, en élève indolent, ne fait pas les efforts qu’il faut pour inverser la tendance. Son piètre classement habituel dans les rapports successifs de Transparency International et autres rapports du genre est un témoignage éloquent.
« Il est important pour Haïti d’améliorer la gouvernance et de réduire les vulnérabilités liées à la corruption pour sortir de sa fragilité », recommande le Rapport Diagnostic de la Gouvernance du Fonds monétaire international (FMI) dont traite l’essentiel du contenu de ce numéro spécial.
Comme son nom l’indique, ce rapport décortique sans fard nos pratiques de gouvernance et rend compte fidèlement de notre nonchalance et de notre fumisterie légendaire en matière de lutte contre la corruption. « L’impunité a été la norme depuis assez longtemps et s’est aggravée au cours des dernières années », souligne le rapport avant de faire remarquer qu’« au niveau le plus élémentaire, les principales lois, réglementations et normes ne sont pas appliquées en raison de l’ingérence des élites et d’un manque de capacités, de moyens et d’indépendance. Les cadres juridiques et institutionnels sont inadéquats pour répondre aux risques existants. »
Afin d’étayer sa remarque, le rapport cite l’exemple éloquent suivant : « les procédures officielles prévues par la Constitution, telles que la déclaration de patrimoine par les personnalités publiques de haut rang, n’ont jamais été suivies, et pas une seule personnalité de haut rang n’a été poursuivie pour des faits de corruption, et ce alors même que de nombreuses enquêtes ont été menées puis transmises à la justice par l’unité de lutte contre la corruption (ULCC). »
Pour les besoins d’élaboration de ce rapport lumineux, il est à noter qu’à la demande des autorités haïtiennes, une mission d’évaluation diagnostique de la gouvernance et de la corruption s’est déroulée de septembre à décembre 2023. Sans surprise, l’équipe de la mission, avons-nous appris, a bénéficié de discussions avec des organisations internationales, des partenaires de développement d’Haïti et des parties prenantes gouvernementales et non gouvernementales. Elle a également reçu des conseils d’experts en mission de courte durée sur la politique économique de la corruption en Haïti.
Le rapport aborde en majeure partie les faiblesses de gouvernance associées aux risques de corruption dans la gestion des finances publiques et la surveillance du secteur financier, qui sont les domaines prioritaires des fonctions clés de l’État recensés lors de la mission exploratoire et en consultation avec les autorités et les autres parties prenantes.
« En se basant sur l’analyse de l’économie politique, l’évaluation porte sur la nature et la gravité de la corruption, son rôle dans la fragilité du pays et son impact sur l’efficacité des cadres de lutte contre la corruption et le blanchiment de capitaux (LBC), ainsi que sur l’état de droit (en particulier l’intégrité du système judiciaire). »
En dépit de ce tableau sombre dépeint par le rapport, tout ne serait pas perdu, si l’on en croit ce passage: « des îlots d’excellence existent toutefois dans le secteur public, qui devraient être soutenus et mis à profit pour améliorer la gouvernance, réduire la corruption et mettre Haïti sur la voie de la sortie de la fragilité. »
Cependant, les auteurs du rapport ont cru bon de prévenir qu’« il n’est pas possible de s’attaquer à la corruption généralisée ni de renforcer la gouvernance, l’état de droit et la responsabilité dans un contexte de violence endémique où la légitimité des institutions de l’État est mise à mal. Ainsi, les autorités devraient tout mettre en œuvre pour rétablir la sécurité et la stabilité politique en même temps qu’elles s’engageront dans la voie des réformes proposées ».
DevHaiti