Économie

Exécution du budget 2024-2025 : un secteur social sous tension

4 minutes lecture

Le budget 2024-2025 du gouvernement haïtien témoignait d’une volonté affirmée de renforcer le secteur social, pilier essentiel du développement national. Avec un montant global de 91 825,4 millions de gourdes, soit 28,4 % du budget total, le secteur social, regroupant des institutions clés telles que le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP), le ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP), et le celui des Affaires sociales et du Travail (MAST), avait la part du lion. Cette enveloppe budgétaire, ambitieuse sur le papier, traduisait un engagement de l’État à investir dans les services de base, mais son exécution révèle une réalité plus contrastée.

La santé publique: un écart inquiétant entre prévisions et réalisations

Le ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) disposait d’un crédit de 14 923,7 millions de gourdes pour l’exercice 2024-2025, représentant environ 16 % du budget du secteur social. Cependant, au terme de la période allant d’octobre 2024 à mai 2025, seules 5 835,77 millions de gourdes avaient été effectivement dépensées, soit 39,1 % des crédits prévus. Ce taux d’exécution relativement faible traduit une mise en œuvre lente des programmes de santé publique et un décalage notable entre les intentions budgétaires et la réalité du terrain. Dans un contexte où les infrastructures médicales demeurent fragiles et où les besoins de la population augmentent, cette sous-exécution compromet la qualité et la continuité des services sanitaires.

Comparativement, d’autres ministères du secteur social affichent des niveaux d’exécution variables. Le ministère de l’Éducation nationale atteint un taux de 53,5 %, le plus élevé du secteur, tandis que le MAST se limite à 38,6 %, et le ministère à la Condition féminine à 37 %. Ces disparités reflètent les différences de capacité administrative, de priorisation des dépenses, et parfois, de contraintes liées à la gestion des ressources du Trésor public. Le taux moyen d’exécution du secteur social (48,1 %) montre qu’à mi-parcours de l’exercice, près de la moitié des fonds alloués restent inutilisés, alors même que les besoins sociaux demeurent urgents.

La faible absorption des crédits dans le secteur de la santé s’explique par plusieurs facteurs : lenteur administrative, faiblesse du système de passation de marchés, contraintes logistiques dans les zones rurales, et manque de coordination entre les acteurs du système sanitaire. Ces obstacles entraînent souvent des retards dans la mise en œuvre des projets d’investissement public, notamment ceux liés à la construction d’hôpitaux, à l’approvisionnement en médicaments, ou à la formation du personnel médical. En conséquence, la population haïtienne continue de faire face à des services de santé limités, avec un accès restreint aux soins de qualité.

Pour améliorer l’efficacité de la dépense publique, il est impératif de renforcer les mécanismes de suivi et d’exécution budgétaire, en particulier dans le secteur de la santé. Une meilleure planification des projets, la décentralisation des processus décisionnels, et l’appui technique aux institutions sanitaires locales pourraient favoriser une exécution plus fluide des crédits. Alors que le gouvernement s’efforce de stabiliser les finances publiques, il est crucial que chaque gourde allouée à la santé soit utilisée de manière optimale, afin de répondre aux besoins pressants d’une population dont la vulnérabilité sanitaire ne cesse de croître.

Au terme de l’exercice fiscal, tous les problèmes du secteur social que le budget comptait aborder sont restés entiers.

DevHaiti

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *