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Haïti à l’heure du paiement digital : la BRH joue une carte décisive

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Haïti traverse un moment rare : celui où un pays fragilisé peut choisir de se réinventer. Les 3 et 4 octobre 2025, la Banque de la République d’Haïti (BRH) a ouvert un espace où innovation, inclusion financière et transformation du secteur informel se sont rencontrées pour tracer une nouvelle voie.
Mais une question demeure : cette ambition deviendra-t-elle une politique publique durable, ou un projet de plus abandonné en chemin ?

La BRH a posé un diagnostic clair : impossible de moderniser l’économie haïtienne en laissant de côté la majorité de ses acteurs.
Le secteur informel, dynamique, résilient, mais non protégé, est désormais considéré non comme un obstacle, mais comme un potentiel à organiser. Le secteur informel : le cœur économique enfin reconnu.

Dans ses documents de travail, l’institution affirme vouloir « favoriser l’intégration numérique et financière du secteur informel » et accompagner sa structuration dans un environnement plus sécurisé.
C’est un changement de paradigme majeur.

La digitalisation passe désormais d’une promesse à un pari exigeant. Le projet vise à améliorer l’accès aux services financiers numériques, renforcer les capacités de gestion, faciliter l’accès à l’information en temps réel, réduire la dépendance au cash, et créer un modèle reproductible à l’échelle nationale.

Mais la BRH reconnaît elle-même les risques : faible connectivité, littératie numérique limitée, résistance au changement, vulnérabilité cyber. La phase pilote devient alors un test de maturité institutionnelle : écouter, ajuster, corriger, plutôt que décréter.

Par ailleurs, la signature du protocole d’accord BRH–ONU Femmes a rappelé une évidence trop souvent négligée : les femmes sont les piliers du commerce informel et de la micro‑entreprise en Haïti. Sans elles, la digitalisation resterait un exercice technocratique. Avec elles, elle peut devenir une transformation sociale.

Les panels consacrés aux fintechs et à la cybersécurité ont souligné un enjeu central : Haïti ne peut rester en marge de la révolution numérique, mais elle doit la maîtriser. La réflexion sur la gourde digitale, déjà évoquée par la BRH dans des travaux antérieurs, s’inscrit dans cette logique : moderniser les paiements tout en renforçant la souveraineté financière du pays.

Le vrai défi, comme vous devez vous en douter, consiste donc à passer de l’événement à l’action. Les deux journées ont été riches, ambitieuses, structurées. Mais un événement ne fait pas une politique publique. Le défi commence maintenant. Il faut désormais transformer les études en décisions, transformer les tests en solutions stables, transformer les partenariats en engagements durables, transformer les discours sur l’équité de genre en actions mesurables, et transformer la vision en résultats.

Haïti a trop connu de projets prometteurs restés à l’état de pilote. Celui‑ci ne peut pas rejoindre la liste. Le témoignage d’une marchande de Pétion‑Ville résume l’enjeu : « Je peux suivre mes ventes… je n’ai plus besoin de garder de l’argent liquide sur moi. » Derrière ces mots se trouve la promesse d’une économie plus sûre, plus transparente, plus inclusive.

La BRH a ouvert une porte.
À Haïti de la franchir.
Car la digitalisation n’est pas un luxe technologique : c’est un acte de foi dans la possibilité d’un avenir différent.

DevHaiti

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