Économie

La production et transformation laitière en Haïti, un secteur peu soutenu mais riche en opportunités

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En Haïti, de manière générale, l’agriculture et l’élevage sont souvent les principales activités pratiquées par les populations rurales en vue de trouver leur moyen de subsistance. Dans la majorité des cas, le paysan préfère réaliser cette cohabitation agriculture – élevage. Certaines caractéristiques: climatiques et physiques, des zones concernées ainsi que le niveau de revenu peuvent porter les paysans à orienter l’élevage vers la production de viande ou la production de lait.

Avec un cheptel bovin compris entre 1 et 1.5 million de têtes, selon le programme «solidaires des éleveurs haïtien» mis en œuvre par Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières», VETERIMED et Collectif Haïti de France ; seulement un pourcentage compris entre 50 et 80% qui s’adonnent à la production de lait. Ils sont pour la plupart de petits exploitants ne disposant pas d’assez de terres pour élever plus de bovins. Il convient en ce sens de faire une catégorisation – les petits éleveurs qui disposent entre 1 et 3 carreaux de moins et font la traite d’une à cinq vaches.

De l’autre côté se trouvent les éleveurs moyens exploitent entre 3 à 6 carreaux de terre alors qu’ils traitent entre 5 et 10 vaches.  Mis ensemble, ces éleveurs n’arrivent pas à comble la demande locale en lait. Selon les données recueillies par VETERIMED, dans le cadre du projet «Lèt Agogo», ils estiment que la production locale de lait avoisinait les 145 000 TM. Pour compenser ce vide, Haïti importe pour une valeur de 40 millions de dollars de lait pour la plupart qui représentent deux fois la production locale, selon le Programme National de Développement et de la Transformation de Lait (2010-2014).

Défis et opportunités

L’élevage de vache pour la production de lait est un secteur qui fait face à de grandes difficultés, notamment au fait qu’il soit pratiqué de manière traditionnelle, souvent à travers de très petites exploitations et est spécifique à certaines exploitations agricoles. Il convient aussi de mentionner qu’en raison de faibles conditions économiques, les petits éleveurs sont obligés de pratiquer d’autres activités génératrices de revenus et ne peuvent se concentrer totalement à la production de lait. Dans certains cas, ils doivent partager le revenu avec le propriétaire de l’animal quand ils ne sont pas propriétaires.

Cette filière fait aussi face à une contrainte majeure qui est la commercialisation du produit. Si beaucoup d’haïtiens préfèrent consommer le lait local là où il est disponible par rapport au lait importé, toutefois faut-il rappeler qu’en terme de commercialisation, il y a beaucoup de limites puisqu’en matière conservation notamment en termes d’infrastructures dans les zones rurales, de contrôle sanitaire entre autres, tandis que le lait venu de l’étranger évaporé / en poudre présente beaucoup plus d’avantages en ce sens.

Toutefois, ce secteur présente bien d’opportunités si l’on décide d’investir dans d’autres maillons de la chaine tels la transformation et la commercialisation du lait et des produits dérivés. Des efforts ont été faits en ce sens, avec le projet de mise sur pied d’un réseau formels de transformation du lait en yaourt, lait stérilisé aromatisé et le fromage ; une initiative lancée et encadrée par l’ONG haïtienne VETERIMED, spécialisée en santé et production animale. La structure de transformation de lait stérilisé, «Lèt Agogo», compte plus de 35 laiteries à travers le pays qui permettent à près d’un millier de familles d’éleveurs d’écouler leurs productions à travers le réseau. Des produits, une fois stérilisés, sont distribués dans près d’une centaine d’établissements scolaires du pays grâce au partenariat établi avec le Ministère de l’éducation nationale et de la formation professionnelle dans le cadre du Programme Nationale de Cantines Scolaires et ayant reçu le support financier de l’ambassade de France en Haïti. Depuis septembre 2007, Veterimed est associée au PNCS en fournissant du lait 2 fois par semaines à 13.000 élèves.

Pour exploiter pleinement les opportunités qui existent dans la filière lait, il faut prendre en compte certains aspects importants telle la formation des éleveurs sur de nouvelles techniques en matière d’élevage, amélioration de l’alimentation du bétail, disponibilité des soins vétérinaires par le biais de personnels techniques qualifiés.

Par ailleurs, il faut également régler le problème foncier et d’insécurité lié au vol de bétail, amélioration des voies et moyens de communication qui faciliterait une meilleure collecte et commercialisation du lait. Des moyens, entre autres, qui permettront à la filière de se développer et produire de nouvelles richesses et opportunités d’emploi direct pour les gens qui vivent dans les zones rurales et indirectement ceux qui évoluent dans d’autres maillons de chaine – transformation et commercialisation du lait et des produits dérivés – pourront générer d’autres revenus puis contribuer à la réduction de la dépendance du pays par rapport aux importations de ces produits de l’étranger.

Remixon Guillaume

DevHaiti

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