Développement durable

L’agriculture en quête de financement et d’investissements

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L’agriculture, pilier de l’économie haïtienne mais pratiquée majoritairement par des populations à faibles revenus, est confrontée à un défi majeur: le manque criant d’investissements et de crédits disponibles. Ce problème chronique entrave le développement du secteur et limite sa capacité à répondre aux besoins alimentaires du pays.

L’agriculture joue un rôle vital en Haïti, employant environ 50% de la population active et contribuant à environ 30% du PIB. Cependant, le secteur est confronté à de nombreux défis, notamment le manque d’accès au financement.

L’accès au financement est essentiel pour que les agriculteurs puissent investir dans des technologies améliorées, acheter des semences et des engrais de qualité, et embaucher de la main-d’œuvre. Cela peut les aider à augmenter leur productivité, à améliorer leurs revenus et à contribuer à la sécurité alimentaire du pays.

Malheureusement, l’accès au crédit agricole reste un défi majeur pour la plupart des agriculteurs haïtiens. Les banques traditionnelles sont souvent réticentes à prêter aux agriculteurs en raison de leur manque de garanties et de leur historique de crédit souvent limité. De plus, les taux d’intérêt peuvent être élevés, ce qui rend le remboursement des prêts difficile pour les agriculteurs.

Le financement agricole national par le marché financier s’adresse en général à des filières de production jugées plus rentables (et dans «rentables», il y a «rente», voire les cultures de rente que sont les cultures à campagne agricole très courte, soit en moyenne trois mois). Le financement bancaire de l’agriculture s’adresse essentiellement à des entreprises constituées qui peuvent présenter des états financiers et éventuellement un plan d’affaires solides.

Par ailleurs, le financement de l’agriculture par le marché financier est étroitement lié à son niveau de formalisation. Les analyses scientifiques ont déjà montré cette corrélation. En effet, le Dr Bénédique Paul (2016) a montré que plus le mode de gestion de l’activité agricole est structuré, plus elle accède au marché financier et obtient des montants de prêts élevés. Malheureusement, le nombre d’entreprises agricoles est relativement très faible en Haïti, selon le Recensement général de l’agriculture (RGA/- MARNDR, 2012).

Sur l’étendue du territoire la demande de financement se différencie d’un département à l’autre. Dans le domaine agricole, le département de l’Artibonite est de loin le plus grand demandeur de crédit avec 39,4% de la demande, suivi par le département de l’Ouest avec 21,9%. Selon les résultats du RGA de 2012, les demandes les plus faibles ont été produites par le Nord-Est et le Nord-Ouest, avec 0,7% et 1,4%, respectivement.

Des initiatives pour combler le fossé

Face à ce manque de financement, des initiatives ont été mises en place pour soutenir les secteurs porteurs de croissance, notamment l’agriculture. La banque centrale, par l’intermédiaire des institutions financières, accorde des facilités de crédit pour stimuler l’activité économique.

Au terme de l’exercice 2022-2023, les crédits accordés dans le cadre de ces programmes se sont élevés à 12,37 milliards de gourdes. L’enveloppe allouée au secteur agricole a totalisé 1,661 milliard de gourdes, soit 13,69 % de l’encours total.

L’analyse de l’utilisation des crédits dans le secteur montre qu’ils sont majoritairement consacrés au renforcement des activités agricoles (96%), avec une part plus faible dédiée à l’augmentation du patrimoine des exploitations (22%), selon le Recensement général de l’agriculture (RGA 2012). Cela suggère qu’une partie importante des crédits est utilisée à la fois pour financer les opérations courantes et pour réaliser des investissements.

Un besoin urgent d’investissements

L’agriculture haïtienne a un besoin urgent d’investissements et de crédits pour stimuler sa croissance et contribuer à la sécurité alimentaire du pays. Des mesures concrètes doivent être prises pour faciliter l’accès au financement pour les agriculteurs, notamment en assouplissant les conditions d’octroi de crédit, en proposant des produits financiers adaptés à leurs besoins et en renforçant l’éducation financière en milieu rural.

L’accès à un financement adéquat permettra aux agriculteurs haïtiens d’améliorer leur productivité, d’augmenter leurs revenus et de contribuer à la sécurité alimentaire du pays. Il est donc essentiel de mettre en œuvre des politiques et des programmes efficaces pour promouvoir l’investissement et le crédit dans le secteur agricole haïtien.

DevHaiti

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