L’apiculture en Haïti, une importante filière de développement
L’apiculture est pratiquée en Haïti par quelques milliers de familles paysannes de manière artisanale ou semi-moderne et à des fins économiques. Selon un document du ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR), daté de juillet 2010, cette filière se développe progressivement et contribue grandement à toutes les chaînes des produits alimentaires, notamment confiserie, pâtisserie. «Le miel haïtien se cristallise moins vite, donc plus mature et plus fermenté», lit-on dans ledit document.
Selon les données actuellement disponibles, Cuba, la République dominicaine, la Jamaïque et Haïti sont les quatre plus grands producteurs de miel dans la région Caraïbe. Les spécialistes de la question admettent que l’apiculture garantit une meilleure protection de l’environnement du fait qu’elle nécessite une couverture végétale appropriée. Ils estiment qu’Haïti est le seul pays de la région qui dispose d’un certain savoir-faire en production d’hydromel et de vinaigre de miel.En effet, le marché touristique des Caraïbes est en pleine expansion. Haïti, l’un des pays membres du Marché commun de la Caraïbe (CARICOM), bénéficie d’un débouché important et intéressant pour ses produits apicoles transformés, dont la consommation nationale de miel est aussi en hausse depuis près de 15 ans. Cette transformation est due grâce à l’augmentation de la population urbaine et au changement des habitudes alimentaires des classes moyennes et aisées.
Le secteur apicole nécessite un certain nombre de facteurs pouvant contribuer à l’augmentation des variables économiques liées à la filière apicole. Les apiculteurs, selon Francky Tondereau, technicien en apiculture et en production botanique, utilisent des instruments spécifiques et appropriés dans le but d’extraire le miel. L’apiculteur estime que l’élevage des abeilles a un impact positif sur l’environnement car celui-ci entraîne l’action pollinisatrice des plantes.
Apiculture en Haïti : que vaut ce secteur ?
D’après le recensement général de l’apiculture en Haïti, 74% des ruches sont traditionnelles alors que les ruches modernes représentent 26%. Ainsi, les ruches traditionnelles sont majoritairement exploitées et s’élèvent à 56%. «Le chiffre d’affaires du secteur apicole en Haïti serait d’environ 4 millions de dollars. Le potentiel actuel serait de 20 millions», révèle le Dr Michel Chancy, médecin vétérinaire, zootechnicien et ancien secrétaire d’Etat à la Production animale, qui a répondu à nos questions.
Actuellement en nette expansion, le secteur apicole compte 8 500 familles qui produisent du miel utilisé par la majorité de la population en vertu de ses grandes qualités nutritionnelles et médicinales. «L’on dénombre 30 000 ruches, dont 74% sont traditionnelles», peut-on lire dans une note de la Faculté des Sciences de l’Agriculture et de l’Environnement (FSAE), parue en juin 2024 sous la plume du Dr Michel Chancy.
Pour le Dr Chancy, ledit secteur offre d’importantes opportunités d’investissement. Pour conquérir le marché des produits apicoles, estime le professeur, le premier pas à franchir consiste à mettre en place un atelier de fabrication du matériel de travail d’exploitation apicole; la reforestation des zones butinées par les abeilles ; un réseau de commercialisation national et international.
Par ailleurs, les produits de la ruche sont entre autres le miel, la cire, le pollen, le propolis, la gelée royale et le venin d’abeille, lesquels produits sont bénéfiques pour la santé de l’humain et contribuent à la fabrication de médicaments. En effet, les produits apicoles en Haïti, à cause du terroir et de la non-prolifération des intrants phytosanitaires, sont d’une qualité spécifique et peuvent être classés et certifiés comme «produits bio».
Principales contraintes
Malgré les efforts consentis par les représentants du secteur apicole, de nombreux défis restent à relever, notamment l’absence de centres de recherche-formation-développement qui limite une modernisation adéquate dans ce domaine. Pour y faire face efficacement, Haïti doit améliorer sa production de miel et structurer toute la filière apicole en vue de donner plus de valeur ajoutée à ces produits.
Selon des techniciens en la matière, le secteur apicole est confronté à un manque de formation des apiculteurs, un manque d’organisation des apiculteurs et un faible contrôle de la qualité des produits. Aussi est-il exposé à des ennemis mortels, dont le varroa, un acarien très nocif qui attaque l’abeille à partir du dos, la mine jusqu’à ce qu’elle la tue.
Les techniciens en apiculture parlent aussi des conditions actuelles de production, de récolte et de transport qui affectent tant la qualité que la quantité de produits bruts apicoles, plus particulièrement le miel et la cire d’abeille. Selon eux, l’absence de structuration de la filière au niveau national est une contrainte à l’expansion de la production et rend plus difficile la sensibilisation continue aux opportunités offertes par ce secteur et la formation. Ils croient par ailleurs que l’absence de crédit agricole et de crédit à l’investissement est un frein tant pour le développement des exploitations agricoles que pour les entreprises de transformation des produits bruts du sous-secteur.
Woody Duffault
DevHaiti

