Gouvernance

Le Gouvernement ouvert et Haïti, selon Max Guybert Lyron

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Plus de 75 pays à travers le monde ont déjà souscrit à la nouvelle approche de gouvernance que constitue le Gouvernement ouvert. Les fondamentaux de cette conception nouvelle de la gouvernance sont indispensables à tout pays voulant s’engager sur la voie de la modernité. Fort de cela, DevHaiti a rencontré le fondateur de l’initiative OpenGouv Haïti, Max Guybert Lyron, pour une présentation sommaire du Gouvernement ouvert de même que de la situation d’Haïti par rapport à cette nouvelle vision de la gouvernance.

Définition

«Le Gouvernement ouvert proprement dit, est effectivement une nouvelle vision de la gouvernance. C’est une approche globale qui préconise une ouverture totale des gouvernements, pour reprendre directement le concept, en accordant aux citoyens, ou mieux, aux administrés, davantage d’accès à l’information publique, aux données du gouvernement, leur conférant ainsi un droit de regard accru sur les processus de gouvernance», a indiqué d’entrée de jeu, le spécialiste en relations publiques, Max Guybert Lyron.

«Personnellement, j’aime mieux parler de co-gouvernance des affaires publiques», confie M.Lyron, souli gnant que le Gouvernement ouvert tient son origine des principes fondamentaux de la démocratie comme la transparence et la redevabilité des détenteurs d’obligations envers les titulaires de droits.

Origine

«Le gouvernement ouvert tire son origine des principes fondamentaux de la démocratie, comme la transparence et la redevabilité des détenteurs d’obligations envers les titulaires de droits. Cette nouvelle approche s’oppose systématiquement à l’idée d’une gouvernance totalitaire, opaque comme on en a vu dans les débuts du 20ᵉ siècle. «Mais dès la seconde moitié, on assistera à des initiatives visant à ouvrir l’information publique dans une perspective de reddition de comptes et de transparence», a fait remarquer le journaliste licencié en multimédia qui a fait référence au Freedom of Information Act de 1966 aux États-Unis.

«Mais plus concrètement, ce sera vers les années 2000-2010, avec l’essor des réseaux sociaux, qu’on commencera à voir une montée des attentes citoyennes à l’endroit des institutions. La formalisation en 2011 du Partenariat pour le Gouvernement Ouvert permettra de diffuser à l’échelle mondiale cette idée qui, depuis, est très largement encadrée et adoptée», explique Max Guybert Lyron, convaincu que le modèle de Gouvernement est une nouveauté tout à fait relative.

Apport

Contrairement aux pratiques traditionnelles, l’ouver- ture des gouvernements facilite l’accès des citoyens à l’information, favorisant ainsi la participation démocratique. Elle permet une meilleure inclusion à l’élaboration des politiques et partage ainsi les responsabilités de gouvernance. Le citoyen devient alors un vigile à même de comprendre et de partici- per aux décisions publiques le concernant, par sa capacité à faire des choix informés.

Intérêt

L’intérêt pour un pays réside dans les choix et priori- tés de ce dernier. Bien sûr, le gouvernement ouvert est une approche essentiellement démocratique, qui ne peut s’actualiser que dans un contexte de respect des valeurs de transparence et de redevabilité. Tout gouvernement qui place la bonne gouvernance et le respect des citoyens (et de leur voix) au centre de ses priorités, aura intérêt à promouvoir des initia- tives de gouvernement ouvert.

Partenariat pour le Gouvernement ouvert

S’agissant du Partenariat pour le Gouvernement Ouvert (OPG, en anglais), il a été initié en 2011. A ce jour, le mouvement a été adopté par 79 pays et 150 gouvernements locaux, ainsi que par des milliers d’organisations de la société civile. Oui, ces dernières occupent une place de choix dans l’initiative en exerçant un véritable rôle de veille et de défense des intérêts de différents groupes sociaux.

Haïti et la gouvernance ouverte

Connaissez-vous la position d’Haïti par rapport à cette approche? Est-ce que l’Etat haïtien a déjà eu des contacts avec les promoteurs de l’approche Gouvernement ouvert?

Évoquant la position d’Haïti par rapport à l’OPG, le concerné laissa entendre : «Je sais à ce jour qu’Haïti n’est pas officiellement membre du partenariat. Mais c’est  compréhensible,  puisqu’il  faut  satisfaire certaines exigences de base avant d’adhérer à la déclaration du Gouvernement ouvert et de rejoindre ensuite l’OPG». Or, les 4 critères de base sont des domaines pour lesquels Haïti n’est pas bon élève, à savoir :

  • Premier critère, la transparence fiscale: il faut reconnaitre les efforts du MEF à travers la direction générale du Budget pour vulgariser les lois de finances ces dernières années. Toutefois, le citoyen ne dispose pratiquement pas d’outil pour suivre l’exécution du budget sur l’année. Or, là réside toute la redevabilité. En tant qu’ex- pression opérationnelle des politiques publiques, le suivi de l’exécution du budget est capital.
  • Deuxième critère, l’accès à l’information : L’OGP accorde 4 points aux pays disposant de lois sur l’accès à l’information contre 1 seul point si au moins un projet de loi existe. Il y a peu à en redire sur la situation d’Haïti, puisque cette problématique fait souvent débat.
  • Troisième critère: avoir des agents publics. La divulgation des actifs des dirigeants publics est une étape significative dans le processus de transparence et de lutte contre la corruption. Cela doit nous faire penser à la déclaration de patrimoine, qui est une injonction de la loi du 12 février 2008. Cependant, nous savons que vraiment très peu de dirigeants assujettis à cette obligation s’y sont conformés à ce jour.
  • Quatrième critère, participation citoyenne: Reconnaissons que ces dernières années, grâce à la démocratisation de l’information dans l’espace public et aux réseaux sociaux, il y a eu un fort élan de participation citoyenne. Néan- moins, l’OGP requiert la participation des citoyens dans les processus d’élaboration des politiques publiques, et cette implication se mesure à l’aide d’indicateurs.

«Donc, cela montre que la seule volonté ne suffit pas ; il faut un intérêt public réel et authentique, et des actions qui matérialisent cette volonté immanente. Mais avec un indice de perception de la corruption de 16 points sur 100, et un positionne- ment de 168/180 pays (Transparency International, 2024). Il reste néanmoins difficile pour Haïti de se convaincre d’abord d’un quelconque intérêt pour une gouvernance transparente et ouverte », a déclaré le cofondateur de l’Observatoire du numérique en Haïti.

Plusieurs pays de la Caraïbe et de l’Amérique centrale ont déjà intégré le Partenariat pour le Gouvernement ouvert, parmi lesquels la Jamaïque et la République dominicaine, qui sont nos plus proches.

«La République dominicaine en est à son 6e plan d’action (2024-2028) car elle a pris le virage numérique très tôt pour rejoindre le partenariat depuis 2011», a informé Max Guybert Lyron, qui souligne au passage qu’au total, 17 pays dans la région Amé- rique sont membres de l’OGP, dont les États-Unis et le Canada.

«Je ne suis pas informé d’une quelconque démarche au niveau national pour rejoindre l’OGP. Toutefois, je peux ajouter qu’en 2016, j’ai initié OpenGouv Ayiti. Cinq ans après l’OGP et dans la foulée de la transformation numérique des administrations (qui est également un domaine de travail de l’OGP), ce dernier avait à l’époque pour objectif d’impulser cet intérêt pour davantage de transparence et d’ouverture des affaires gouvernementales. Nous avons souvent misé sur la transparence budgétaire et la vulgarisation sur des sujets d’intérêt public. Il s’agit bien d’une initiative de la société civile qui existe encore aujourd’hui comme un observatoire des affaires publiques. «Mais il est fort regrettable que les gouvernements se succèdent et continuent de rater les différentes révolutions», s’attriste le journaliste qui se relativise en fin de compte.

«De toute façon, les critères sont publics et connus, et un pays peut naturellement s’autoévaluer au regard des exigences de base. Il est plutôt clair que le chemin à parcourir est encore long. Mais, n’oubliez pas qu’il n’y a pas que le statut des membres nationaux (pays): les municipalités également peuvent rejoindre le partenariat (comme des villes, des régions administratives), a conclu l’initiateur de OpenGouv Haiti.

L. Gary Cyprien

DevHaiti

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