Économie

L’élevage de volaille, un des leviers pour combattre l’insécurité alimentaire en Haïti

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Peuplé à près de 12 millions de personnes, Haïti est l’un des pays au monde ayant le plus grand nombre de ses citoyens qui font face à une insécurité alimentaire chronique. Des moyens pour combattre un tel phénomène existent compte tenu des fondements de cette crise souvent attribuées aux manques d’opportunités économiques, niveau peu élevé de production dans certains domaines clés ainsi que la sous-exploitation de certains secteurs de la vie économique. L’élevage de volaille, entre autres activités, constitue l’un des piliers essentiels pouvant, dans un futur proche, contribuer à la réduction de notre dépendance par rapport à d’autres pays exportateurs ; sans négliger la possibilité de parvenir à l’autosuffisance du pays.

Etats des lieux

L’Agriculture est, selon les données officielles disponibles, le secteur qui domine l’économie nationale représentant ainsi 25% du Produit Intérieur Brut (PIB), et pratiquée par 50% de la population active. En Haïti, la majeure partie des activités agricoles est réalisée par des familles qui mettent en valeur de petites exploitations (moins de 0,5 ha) dédiées à la production de denrées. Tenant compte de la taille de ces dernières ne pouvant pas fournir assez de ressources pour subvenir aux besoins des familles, certaines d’entre elles s’adonnent également à l’élevage (bétail et volailles) en vue de générer d’autres sources de revenus supplémentaires.

La filière avicole en tant que telle est caractérisée principalement par deux types d’exploitations : l’élevage traditionnel familial au sein duquel des poules créoles sont élevées en liberté. Les œufs, sont souvent utilisés pour le renouvellement du cheptel, pour l’autoconsommation et plus rarement pour la vente. Ce type d’exploitation ne nécessite pas le même niveau d’investissement que le second qui consiste à produire des œufs et des volailles de manière intensive ; ce qui fait appel à d’autres intrants, infrastructures qui sont pour la plupart indisponibles sur le marché local et dont le cout d’opération dépasse grandement l’élevage traditionnel.

L’élevage semi-industriel ou industriel consiste non seulement à produire plus rapidement et de manière intensive des œufs pour la consommation mais aussi des poulets de chair très prisée au sein des ménages avec l’importation massive de produits étrangers mais aussi à cause du faible taux de production locale.

Selon les autorités, Haïti importe près de 70 900 tonnes métriques de viande de volaille alors que sa production annuelle n’est que de 9 600 tonnes métriques de poulet. Un vide considérable de plus de 80% à combler pour une autosuffisance nationale. En ce qui concerne la consommation en œufs, les Haïtiens mangent plus de 30 millions d’œufs par mois pour une production de 7 millions d’œufs par mois ne dépassant pas 25% de la demande du marché, selon des sources officielles.

Défis et opportunités

De nombreux facteurs entrent en jeu quant il faut déterminer les raisons pour lesquelles ce secteur peine à se développer dans le pays. En tout premier lieu, il faut voir le niveau d’investissement effectué dans ce secteur. Mis à part plus d’investissements privés qu’il faut encourager, l’Etat doit aussi s’impliquer davantage pour favoriser la pleine croissance de la filière avicole et inciter de nouveaux acteurs à exploiter les opportunités qu’elle présente.

Ainsi le gouvernement doit prendre des mesures afin d’aider premièrement dans la prévention de maladies qui attaquent chaque année les exploitations. Selon les autorités, «La maladie de Newcastle est la pathologie la plus importante qui peut emporter, dans une population aviaire, entre 60 à 80% de volailles chaque année.» Cette contrainte, ajoutent-elles, constitue le premier facteur limitant à une expansion du petit élevage de volailles.

Dans le même temps, l’Etat doit assurer un contrôle strict visant le respect des normes commerciales sur la frontière entre Haïti et la République Dominicaine en exigeant aux commerçants de déclarer les œufs importés aux organismes de l’Etat, un moyen de combattre la contrebande et la mauvaise concurrence en vue de protéger les investisseurs et producteurs locaux.

Selon une étude réalisée pour le compte du Ministère de l’Agriculture des Ressources Naturelles et du Développement Rural (MARNDR) intitulée : «Contribution de l’industrie de œufs à l’économie haïtienne» publié en mai 2015, on a identifié des contraintes liées aux aspects économiques de certains maillons de la chaine. Notamment en ce qui concerne la production de reproducteurs afin d’approvisionner le marché en œufs fertiles, qui sont indispensable dans la multiplication de poussins et aussi la production locale d’aliments pour les poules pondeuses à partir de maïs-grains et résidus de grains et de fruits oléagineux (tourteaux).

L’une des contraintes, pas des moindres, est l’accès au crédit pour les petites et moyennes exploitations. Dans certains cas, les taux d’intérêts peuvent varier de 10% à 48% selon le montant demandé, rapportent certains éleveurs.

Toutefois, c’est un secteur qui présente de grandes opportunités tenant compte de la proportion qu’il représente au niveau du PIB du pays. En plus de l’aspect économique et financier, celui-ci peut également favoriser une diminution du nombre de personnes en insécurité alimentaire.

Le développement de nouvelles usines de production d’aliments pour les poulets de chair et de pondeuses permettra de relancer un secteur longuement dépendant des importations d’intrants des Etats-Unis et de la République Dominicaine. Ainsi dans le cadre de la «Politique de Développement Agricole 2010-2020» élaboré par le Ministère de l’Agriculture en partenariat avec des bailleurs internationaux, un vaste programme a été conçu pour soutenir le secteur agricole en général, la filière avicole en particulier. De ce fait, il a été prévu de procéder à l’ouverture de nouvelles usines d’aliments dans les 10 départements du pays. Cette initiative devait, selon ce document, contribuer à: «une augmentation de la circulation monétaire en zone rurale à travers la création d’emplois et d’activités génératrices de revenus découlant de celle-ci.»

Sur le plan sanitaire, la demande d’œufs comme source de protéines est en hausse dans tout le pays. Dans un pays à faible revenu comme Haïti, la consommation d’œufs peut jouer un rôle dans le développement des enfants et la réduction de la pauvreté en raison des revenus directs et indirects que la production d’œufs peut apporter aux familles.

Pour parvenir à l’autosuffisance, les différents acteurs impliqués dans la chaîne: agriculteurs, éleveurs, industriels, banquiers, investisseurs et institutions étatiques doivent travailler ensemble en vue de déterminer les priorités, voir les opportunités que chacun d’entre eux peuvent exploiter pour combattre cette dépendance de la République Dominicaine et des Etats-Unis notamment en matière d’importation d’intrants, d’œufs et de viandes pour la consommation des ménages.

Remixon Guillaume

DevHaiti

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