Les enjeux de la protection sociale en Haïti
La protection sociale, en tant qu’ensemble des dispositifs mis en place par l’Etat en vue de garantir à toute personne qui contribue d’une manière ou d’une autre au niveau de l’assiette fiscale à travers des activités génératrices de revenus. Dans ce contexte, elle prévoit de fournir un revenu de remplacement face aux pertes liées aux accidents de la vie, de permettre l’accès aux services sociaux et de créer les conditions du travail décent.
Toutefois, bien des éléments constituent, en fonction des circonstances et des situations socio-politique et économique du pays, des enjeux et des défis pour une application effective de toute politique de protection sociale dans un pays ou un territoire donné.
Dans le cas d’Haïti, ces éléments peuvent influencer de manière négative le processus de mise en place et de fonctionnement de la politique nationale de protection sociale tels que:
Pauvreté et inégalité
Avec un taux de pauvreté estimé à 58,6 % au niveau national, il est vraiment difficile pour la majorité des Haïtiens d’accéder à toute forme de protection sociale, comme cela a des coûts élevés et requiert la cotisation des bénéficiaires. Le fossé entre les plus riches en Haïti, qui représentent 1 % de la population et qui détiennent plus de 45 % des richesses du pays, contribue grandement aux inégalités qui existent en Haïti. La grande partie des plus pauvres y vivent en effet dans les régions rurales du pays sans emploi ni revenu adéquat pouvant leur permettre de mettre un peu d’argent de côté pour faire face aux impré- vus.
En termes d’accès aux soins de santé, il est difficile pour les employés du secteur public et du privé qui n’ont pas une couverture d’assurance offerte par des organismes privés de bénéficier de services de santé en cas de maladie, cependant l’OFATMA, à travers son réseau et son partenariat établi avec certaines institutions sanitaires, couvre des soins en matière d’accident au travail et de maternité.
Certains employés qui contribuent à un régime de retraite à l’ONA, notamment ceux du public, disposent actuellement d’une garantie pour leur retraite.
Dans le cas des plus vulnérables, ils ne disposent d’aucun mécanisme qui les aide en guise de protection sociale contre les maladies. Cependant, ils bénéficient dans certains cas de l’assistance sociale à travers des programmes mis en œuvre par le ministère des Affaires sociales et du Travail, organisme qui est responsable de l’exécution de la politique sociale de l’État à travers la Caisse d’Assistance Sociale (CAS), le fond d’assistance économique et sociale, entre autres, qui offrent de l’assistance en nature et en espèce aux plus démunis.
Manque de couverture et d’accès aux services
Les mécanismes de protection et de promotion sociales ont une couverture limitée de la population, particulièrement des groupes en situation de vulné- rabilité. Selon un rapport de la Banque mondiale dénomméRenforcer la protection sociale, il existe seulement 11 % des salariés en Haïti qui ont accès à la sécurité sociale. Ceci explique des difficultés pour ceux qui travaillent d’avoir accès à une certaine protection sociale, ce qui est encore pire pour la grande majorité des personnes sans emploi et qui évoluent pour la plupart dans les régions rurales du pays. Dans le cas des services sociaux fournis par des organismes de l’Etat, la majorité des bénéficiaires habitent à Port-au-Prince et ses environs.
Problèmes structurels et institutionnels
La mise en application de toute politique de protec- tion sociale nécessite une bonne organisation et des institutions solides pour assurer la coordination, la collecte des fonds et la distribution des services.
Dans le secteur public, des institutions qui offrent des services directement à la population, bien qu’elles existent – MAS, CAS, OFATMA et ONA – font face à de graves problèmes structurels, notamment avec l’influence de la politique et des actes répétés de corruption, de mauvaise gestion. Ces derniers les empêchent de servir de manière adéquate leurs principaux bénéficiaires en matière de santé, de retraite et d’assistance dans des moments d’incerti- tude ou de perte de revenus.
Par ailleurs, la vulnérabilité d’Haïti face aux catas- trophes naturelles représente un défi majeur en ce qui concerne les réponses à apporter aux popula- tions cibles. La fréquence et la gravité de ces phéno- mènes liés au climat devraient augmenter dans les
années à venir, menaçant encore davantage les moyens de subsistance des communautés vulné- rables. Sans préparation et protection adéquates, les populations les plus pauvres seront les plus touchées par ces chocs, ce qui entraînera une augmentation de la pauvreté, des déplacements et des inégalités. Les désastres naturels provoquent de nombreuses pertes matérielles et ralentissent les activités économiques. La fréquence de ces phéno- mènes fragilise encore plus la capacité des ménages à faire face aux conséquences des aléas climatiques compte tenu du peu de ressources dont disposent les institutions étatiques qui dépendent pour la plupart des contributions des employés.
De 2004 à 2024, Haïti a connu des évènements climatiques extrêmes – inondations, sécheresse, tremblement de terre – ayant provoqué d’impor- tants dégâts matériels évalués à plusieurs milliards de dollars selon la Banque mondiale. Dans ces circonstances, l’Etat n’est pas toujours en mesure d’apporter une réponse adéquate aux victimes. Les institutions impliquées dans la protection sociale ne disposent pas de plans de contingence ni de méca- nisme de réponse rapide pour satisfaire les besoins de leurs assurés et des plus vulnérables qui sont le plus souvent soutenus par des programmes humani- taires dirigés par des ONG et des agences internatio- nales.
Ces paramètres montrent la complexité d’avoir un système de protection sociale efficace, surtout dans un pays comme Haïti. En effet, le niveau de pauvreté, en plus des crises sociales et politiques provoquées par la corruption et la mauvaise gestion des maigres ressources de l’État, y est très élevé. Le taux de chômage empêche l’Etat de percevoir des taxes et cotisations afin de faire face à certaines obligations telles qu’une couverture médicale universelle, garantir une retraite digne pour ceux qui ont cotisé durant toute leur vie active, soutenir les plus vulné- rables et permettre à ceux qui cotisent d’avoir les moyens de se relancer économiquement après les moments de grandes turbulences.
Remixon Guillaume
DevHaiti

