Les transferts de connaissances de la diaspora peuvent contribuer à l’atteinte des ODD
Le transfert de connaissance est important, en ce sens qu’il peut contribuer à la croissance et au développement durable, peut-on lire dans une étude du Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD) présentant plusieurs stratégies capables de faciliter le transfert de connaissance. Tenant compte du rôle que peut jouer la recherche dans le développement d’un pays, cette étude, parue en mars 2022, sous la direction du Dr Raulin L. Cadet, met l’emphase sur la collaboration scientifique comme canal de transfert de connaissance. Elle traite aussi de l’implication de la diaspora dans l’entrepreneuriat haïtien comme étant un autre canal de transfert de connaissance.
Pour cette étude, l’enseignement supérieur, formant les futurs cadres du secteur public aussi bien que ceux du secteur privé, peut être un important canal de transfert de connaissances. Elle estime nécessaire la recherche scientifique réalisée par les universités aussi bien que par des centres de recherche non rattachés à des établissements d’enseignement supérieur.
En outre, le document recommande des programmes qui incitent la collaboration des chercheurs établis en Haïti avec ceux de la diaspora, en vue de conduire conjointement de la recherche sur des problématiques d’importance pour Haïti. Ces collaborations doivent non seulement contribuer à la compréhension et à la résolution des problèmes auxquels fait face Haïti, elles doivent aussi faciliter le transfert de connaissances et de savoir-faire de chercheurs de la diaspora vers ceux d’Haïti.
Il existe des initiatives de collaboration qui contribuent au transfert de connaissances et de savoir-faire de la diaspora vers Haïti. C’est le cas, par exemple, de l’association des infirmières haïtiennes se trouvant aux Etats-Unis dont l’une des activités a été le développement d’un programme de formation pour renforcer les compétences des étudiants d’une école d’infirmière en Haïti. Un autre cas de transfert de connaissances et de savoir-faire de la diaspora vers Haïti est la création, par le GRAHN, d’un établissement d’enseignement supérieur et de recherche et d’un pôle d’innovation. Le GRAHN est une organisation créée par la diaspora haïtienne, à la suite du tremblement de terre de janvier 2010, comprenant maintenant des branches non seulement à l’étranger (Etats-Unis, République dominicaine, Canada, Suisse etc.), mais aussi en Haïti.
Bien qu’il soit reconnu que le transfert de connaissances des pays du Nord au pays du Sud constitue une opportunité pour l’implication des chercheurs à l’atteinte des objectifs de développement durable (ODD), des défis, incluant les facteurs géopolitiques, peuvent constituer des blocages (Mago, 2017). Ce dernier insiste sur le fait que la collaboration entre les chercheurs soit cruciale pour atteindre les ODD, d’autant plus qu’elle peut contribuer à tous les objectifs. D’ailleurs, la collaboration dans le domaine scientifique contribue à l’augmentation de la productivité des chercheurs (Lee et Bozeman, 2005). En ce sens, la diaspora peut constituer un canal de transfert de connaissances à exploiter dans le domaine de la recherche scientifique, en vue d’atteindre les ODD.
L’avantage des transferts de connaissances de la diaspora à partir de l’enseignement et de la recherche est qu’elle permet de profiter de certaines compétences d’un migrant même s’il ne retourne pas physiquement en Haïti. De plus, en contribuant au renforcement de l’enseignement supérieur et de la recherche, les transferts de connaissances de la diaspora peuvent aussi contribuer à l’adoption de meilleures politiques publiques, pouvant conduire à l’atteinte des ODD. Siar (2014) souligne aussi que le transfert de connaissances par les migrants peut être une source d’innovations. En ce sens, la collaboration scientifique avec la diaspora peut conduire à des propositions de politiques publiques innovantes. D’ailleurs, des recherches révèlent que les recherches scientifiques contribuent au développement et à la croissance (Huady et Orvisk´a, 2014).
Les entreprises de la diaspora: un canal de transfert de connaissances
Les entreprises de la diaspora, dans leur pays d’origine, peuvent être des canaux de transfert de nouvelles connaissances et de savoir-faire. Une étude relative à l’Afrique subsaharienne a révélé que les entreprises de la diaspora étaient non seulement plus performantes que les entreprises locales, en termes d’exportations, la productivité de leurs mains d’œuvres était aussi plus élevée (Boly et al., 2014). Ces résultats résultent probablement de l’accès des entreprises de la diaspora à plus d’informations que les entreprises locales, comme d’ailleurs le révèle l’étude de Boly et al. (2014). Cela peut s’expliquer par l’expérience de la diaspora dans des pays industrialisés, comparativement à son pays d’origine. L’expérience réalisée dans un pays industrialisé peut contribuer à l’augmentation des compétences de la diaspora. Les entreprises de la diaspora, dans le pays d’origine, peuvent bénéficier de ces compétences, en termes d’innovation. C’est d’ailleurs reconnu que beaucoup de talents des pays à faible revenu se trouvent dans la diaspora, et qu’il est nécessaire de mettre en place des politiques qui permettent à leur pays d’origine d’en profiter (Chand, 2016).
Pour attirer l’investissement de la diaspora, des prérequis sont nécessaires, comme c’est d’ailleurs le cas pour attirer d’autres investisseurs et entrepreneurs. En ce sens, Newland et Tanaka (2010), abordant la question de l’entrepreneuriat de la diaspora, en prenant appui sur la littérature, note quelques prérequis nécessaires: un environnement légal et de régulation qui facilite l’entrepreneuriat, l’accès au financement, un court délai pour l’enregistrement d’une entreprise.
En outre de la possibilité de créer des entreprises ou d’acheter des actifs financiers, la diaspora peut aussi contribuer à la promotion des entreprises et des produits de leur pays d’origine. La diaspora peut aussi contribuer au développement de l’entrepreneuriat local, à partir d’un appui technique ou d’autres actions de promotion. Evidemment, cela exige que la diaspora s’organise.
La technologie
L’apport de la technologie est important en ce qui concerne la mobilisation des transferts vers le financement du développement durable. En réduisant les coûts d’échelle, l’utilisation de technologies avancées, par les fournisseurs de services de transferts de fonds, peut conduire à la réduction des coûts pour les expéditeurs de transferts. Mais, en plus de son impact sur le coût des transferts, la technologie peut permettre à ceux qui vivent dans des zones rurales d’accéder à des services financiers. En ce sens, les transferts transnationaux par téléphone peuvent contribuer à l’augmentation des transferts et à l’inclusion financière.

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