Protection sociale : Haïti doit intensifier ses efforts
Haïti figure parmi les pays les plus pauvres du monde. Pour comprendre tout ce qu’implique cette courte phrase, jetons un coup d’œil sur les indicateurs de développement humain en Haïti. Si cet exercice n’est pas assez convaincant, on peut aussi comparer les conditions de vie des Haïtiens avec celles de leurs voisins caribéens. On verra sans doute qu’Haïti figure en tête de liste quand il s’agit d’enfants non scolarisés, du taux d’analphabétisme, du taux de chômage ou encore du pourcentage de la population qui vit dans la pauvreté extrême ou dans la pauvreté tout court.
Les réflexions ou recherches sur les causes de la pauvreté dans le monde et en Haïti sont nombreuses. On peut aussi trouver maintes propositions de recettes pour s’en sortir. Ce qui fait défaut, c’est leur mise en application. Ce serait une aberration de nier que certains des remèdes contre la pauvreté sont efficaces. Lors des dernières décennies, des pays sur tous les continents ont pu faire reculer leur niveau de pauvreté. Dans tous ces pays, il y a une constance : les programmes de protection sociale y jouent un certain rôle.
En Haïti, en matière de protection sociale, le verre n’est pas vide, même s’il reste beaucoup à faire. Avec la création de l’ONA, de l’OFATMA et d’autres institutions, Haïti posait la première pierre pour lutter durablement contre la pauvreté. Depuis, le pays peine à faire d’autres pas significatifs dans cette direction. La gouvernance des institutions de protection sociale laisse à désirer. Les scandales de corruption à l’Office national d’assurance-vieillesse (ONA) et à la Caisse d’assistance sociale (CAS), entre autres, donnent une idée du niveau de corruption qui gangrène le secteur. Ils illustrent aussi la représentation qu’ont les autorités haïtiennes de la protection sociale. Les fonds de retraite, d’assurance maladie/vie ou d’assistance aux personnes du 3ᵉ âge sont perçus comme une vache à lait.
Pourtant, une bonne gestion des fonds de retraite peut jouer un grand rôle dans la réduction de la pauvreté en Haïti. En effet, cela permettrait d’avoir un secteur de protection sociale plus solide avec une plus large couverture et de meilleurs traitements pour les concernés. Les retombées seraient pour toute la société. Une société avec une majorité de citoyens sans aucune couverture d’assurance est une anomalie à corriger. Cette correction doit traverser une concertation de l’État avec le secteur privé et la société civile pour adopter la meilleure stratégie pour augmenter la couverture d’assurance santé dans le pays. Elle doit également permettre de porter les travailleurs – formels ou informels – à verser la cotisation retraite et d’augmenter l’assis- tance aux groupes vulnérables comme les orphelins.
Parallèlement, il doit y avoir de la transparence dans la gouvernance des institutions chargées de la protection. Rendre fonctionnel le conseil d’administration des organes de sécurité sociale (CAOSS) sera sans doute le premier pas dans cette direction.
Pour arriver à faire plus et mieux en matière de protection sociale, il ne demande pas à Haïti de réinventer la roue, mais de suivre la voie déjà tracée. Plusieurs de nos voisins qui autrefois faisaient face à une situation semblable à celle que nous vivons aujourd’hui ont déjà remonté la pente. En Amérique latine et dans les Amériques, on trouve de très bons élèves en matière de protection sociale et d’assistance sociale. À travers de solides programmes en la matière, ces pays arrivent à faire baisser leur niveau de pauvreté et, du même coup, à améliorer les conditions de vie de leur population. Il n’y a aucun mal qu’Haïti apprenne de ces bons élèves. Il est temps de nous dire que l’assistanat doit être l’exception, non la règle.
DevHaiti