Quid du projet Jaden Kreyòl / PROFISUD d’AVSF ?
Agronomes et Vétérinaires sans Frontières (AVSF) est une ONG française travaillant en Haïti depuis un certain temps, qui fait la promotion de l’agriculture durable et surtout des systèmes d’Agroforesterie. AVSF est en train d’implémenter plusieurs projets dans diverses filières dans le pays. À un certain moment, AVSF s’activait beaucoup dans le vétiver ; aujourd’hui elle travaille dans la filière cacao avec trois projets phares : PROCACAO, PITAG et le projet Jaden Kreyòl/ PROFISUD, financé par le ministère des Affaires mondiales du Canada (AMC) et la Coopération suisse (DDC).
Selon Mme Ermitha MINGOT, Responsable de projet au sein d’AVSF, le projet Jaden Kreyòl/PROFISUD a bénéficié du support du Ministère de l’Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement Rural (MARNDR) en Haïti et du partenariat avec AYITIKA S.A, une entreprise engagée dans la promotion et le développement de la filière cacao d’Haïti. «Le côté positif de ce projet d’AVSF, c’est que l’ONG travaille directement avec les producteurs et les agriculteurs pour montrer à ces derniers qu’ils ont aussi leur part dans le gâteau de la vente et de l’exportation du café et du cacao vers les marchés locaux et internationaux. À ce sujet, il y a des travaux de renforcement et de partage d’informations qui se font et qui ont été à la base de la participation remarquable d’une coopérative de la Grand’Anse au Salon du Chocolat à Paris», a expliqué Mme MINGOT, qui intervenait à l’émission Investir, animée par l’économiste Kesner Pharel.
«Cet exploit a été possible grâce à la mise en commun des agriculteurs des communes des Irois, d’Anse d’Hainault et de Dame-Marie qui se sont réunis au sein d’une fédération coopérative dénommée REKOKAGA. Un exemple de collaboration paysanne qui montre qu’avec la solidarité agissante, nous pouvons plus facilement courtiser le marché international et nous faire une plus grande marge de profit », a poursuivi Ermitha MINGOT, qui croit à ce stade qu’il est définitivement indispensable de sensibiliser le producteur haïtien au fait que son travail fait de lui un businessman à part entière, car, avant, les agriculteurs locaux travaillaient pour se nourrir, nourrir leur famille et le voisinage et le reste de la production était vendu au marché le plus proche. Il n’y avait pas chez le paysan producteur cette volonté de gérer son jardin comme un business.
«À AVSF, nous prônons une plus large vision de la pratique de la production agricole. C’est ce qui nous pousse à parler de chaîne de valeur cacao qui ne tient pas seulement compte de la production et de la transformation du produit. Mais nous nous intéressons à tout ce qui tourne autour du produit », a déclaré la Responsable du projet « Jaden Kreyòl/- PROFISUD ».
Cela explique l’intérêt d’AVSF pour les SAF (systèmes agroforestiers), dans lequel on trouve des producteurs de miel, de jus de cacao, un produit très peu connu sur le marché mais que AYITIKA commence à produire comme beaucoup d’autres provenant de la chaîne du cacao, en vue d’augmenter les possibilités d’exploitation de la filière qui recèle de fortes potentialités nutritives, voire économiques.
Un autre avantage de pratique de l’agroforesterie encouragée par AVSF est qu’elle motive également les agriculteurs à planter le cacao sans avoir à souffrir de l’espace-temps compris entre chaque récolte, car, étant un système d’exploitation des terres agricoles qui associe sur une même superficie des arbres et des cultures ou de l’élevage, l’agroforesterie permet aux producteurs haïtiens de compenser la période de soudure un peu longue qui suit chaque récolte par la présence d’autres produits comme la banane, l’igname, le gingembre, la mangue ou d’autres cultures consommables et commercialisables en attendant le cacao.
Diminuer l’asymétrie de l’information
Le partage de connaissances et de bonnes informations est nécessaire au sein d’une association de producteurs parce que cela aide à diminuer les effets pervers de l’asymétrie autour de la filière du cacao pour permettre aux paysans producteurs de mieux saisir l’importance de ce produit, sa valeur sur le marché international afin de l’exploiter à leur plus grand profit, a avancé l’Économiste du Group Croissance à l’attention de la Responsable de l’AVSF. Face à cette suggestion, Mme MINGOT a laissé entendre que la mission d’AVSF va encore plus loin que le partage d’informations utiles avec les producteurs. En effet, l’intervenante a pris le soin d’expliquer à l’animateur de « Investir » que AVSF travaille à tous les niveaux de la chaîne, y compris au niveau de l’amélioration de la qualité du produit. « Cela nous oblige parfois à nous rendre dans d’autres pays plus expérimentés que nous dans le domaine, comme la Colombie, la Côte d’Ivoire, etc., nous enrichir de nouvelles connaissances sur le cacao », a confié Ermitha MINGOT, qui ne minimise nullement l’importance du partage d’informations fiables entre les différents maillons de la chaîne de production.
«L’ère de la technologie et de l’Internet a rendu certaines informations plus accessibles. Mais comme les producteurs et agriculteurs ne sont pas toujours dotés de ce réflexe de vouloir aller à la cueillette de l’information juste, les partenaires de l’AVSF comme AYITIKA, REKOKAGA, les tables sectorielles organisées par le MARNDR dans le Sud et la Grand’Anse, permettent d’avoir une plateforme où les informations sont partagées entre les différents maillons de la chaine.»
Il en résulte de ce fait que la moindre information sur le cacao émanant des coins les plus éloignés de la terre trouve rapidement écho auprès de producteurs locaux. Ainsi, ces derniers, à la moindre évolution des prix du produit à l’international, font répercuter ces prix sur le marché local, se réajustent ou choisissent le marché qui leur convient pour écouler plus avantageusement leurs fèves de cacao.
Quels sont les endroits du pays où l’on cultive le cacao ?
Il y a des bassins de cacao dans quelques endroits du pays, selon madame MINGOT, citant à ce sujet le département du Sud-Est où il y a une petite agglomération qui produit le cacao ; le Plateau central produit également une petite quantité du produit ; dans le Nord d’Haïti aussi où se trouve le FECCANO (Fédération des Coopératives de Cacao de la région Nord); on y trouve du cacao. En ce qui concerne AVSF et son projet Jaden Kreyòl/PROFISUD, on se concentre dans la Grand’Anse et le département du Sud, surtout vers la côte sud, dans la localité de Rendel, sur la route de Port-à-Piment, là où on trouve un grand bassin de cacao.
Prendre l’exemple de la Suisse
Le potentiel agricole que représente le cacao sur le marché international et les avantages économiques qu’Haïti peut tirer de l’exportation de ce produit sont des éléments à prendre en compte dans le choix de nos filières d’exploitation les plus rentables. À ce sujet, Kesner Pharel pense que nous pouvons nous référer au modèle de la Suisse dans la production du chocolat de qualité.
La Responsable de projet d’AVSF a acquiescé à l’idée de l’économiste Pharel à propos du modèle de la Suisse comme pays non producteur de cacao mais qui tire largement profit de cette culture à partir de la valeur ajoutée que constitue la production du chocolat. Selon Madame MINGOT, certains modèles implémentés en Haïti commencent à changer la vision et les comportements des acteurs au niveau des chaines de valeur du cacao. Elle a cité à titre d’exemple AYITIKA, qui est l’un des partenaires d’AVSF dans l’implémentation du projet Jaden Kreyòl PROFISUD. AYITIKA a une ferme où l’on peut trouver le chocolat que l’on peut manger. Le jour de l’Atelier de restitution, AYITIKA a offert une séance de dégustation de chocolat très appréciée par les participants.
D’autres compagnies de production comme KAUNA embrassent toute la chaîne de valeur jusqu’au produit fini. L’appel d’AVSF est d’avoir un produit de qualité destiné à l’exportation. D’où cette quête de standard, de certification en matière de qualité pour permettre au cacao d’obéir aux critères de produit fini établis.
Garry Cyprien

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