Éditorial

Ressources minières et énergétiques : Haïti doit faire un pari responsable pour l’avenir

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En Haïti, parler des mines revient à parler d’un sujet tabou. Tout le monde s’accorde à dire que le pays détient un potentiel minier et énergétique non négligeable, mais ce potentiel, à ce jour, reste peu ou pas connu du tout. Il y a des lustres que des travaux d’exploration minière n’ont pas été entrepris. On confond souvent exploration minière et exploitation minière. Paranoïa primaire ou mauvaise foi, il n’en demeure pas moins que le simple fait d’évoquer la question des mines, exploration ou exploitation, provoque à chaque fois un véritable tollé au sein de la société haïtienne.

Cette situation paradoxale arrive à perdurer dans un pays pataugeant dans la précarité la plus abjecte et dans une dépendance considérable à l’aide internationale alors qu’il possède un potentiel naturel largement sous-estimé. Des gisements miniers dormants aux ressources énergétiques renouvelables inexploitées, Haïti recèle d’opportunités capables d’inverser la courbe du sou-développement. Un pays pour aspirer au développement doit pouvoir compter sur ses ressources naturelles (minières et énergétiques), humaines et matérielles. Encore faut-il que toutes ces ressources soient exploitées de manière responsable et transparente.

Pendant trop longtemps, les ressources naturelles d’Haïti ont été perçues comme un héritage lointain, vestige de la période coloniale, ou un sujet de spéculation plus que de vision. Aujourd’hui, à l’heure où les crises économiques, sociales et environnementales s’intensifient, penser une exploitation juste, durable et inclusive des richesses minières et énergétiques s’impose comme une nécessité. En effet, le pays traverse en ce moment une période sombre de son histoire économique. Cela fait pas moins de six années consécutives que la croissance économique est négative sur fond d’instabilité sociopolitique chronique, d’insécurité généralisée alimentée par la guerre des gangs et de crise humanitaire aiguë.

Toutefois, il est impératif de souligner que les mines d’or, de cuivre ou de bauxite ne sont pas, en soi, des garanties de prospérité. Elles peuvent tout autant devenir des sources de conflits, de dégradation environnementale ou d’exclusion sociale. L’exemple des pays africains dont le sous-sol regorge de ressources minières, la République démocratique du Congo en particulier, est assez éloquent. C’est pourquoi un nouveau contrat moral et institutionnel doit être proposé. Cela suppose une réforme profonde du cadre légal, une gouvernance transparente des ressources et une participation active des communautés locales.

Le même raisonnement s’applique au secteur énergétique. Haïti continue de dépendre lourdement des importations de carburants alors qu’elle est baignée de soleil, balayée par des vents constants et traversée de cours d’eau. Une politique énergétique ambitieuse fondée sur les renouvelables pourrait trans- former notre modèle de production, alléger la facture énergétique nationale et démocratiser l’accès à l’électricité. Depuis toujours, la subvention à la compagnie publique d’électricité EDH ne cesse de représenter un fardeau pour le trésor public. Il serait temps de penser à exploiter enfin ces sources renouvelables d’énergie.

Exploiter, oui. Mais exploiter autrement. Le développement durable d’Haïti ne viendra pas de l’extraction à tout-va, mais d’une stratégie maîtrisée, centrée sur l’humain et la souveraineté nationale. La ressource naturelle ne doit pas devenir une malédiction : elle peut, au contraire, être le socle d’un pacte nouveau entre l’État, les citoyens et les générations à venir.

C’est à cette réflexion de fond que DevHaiti consacre ce numéro spécial. Pour rappeler que le vrai trésor d’Haïti, ce ne sont pas ses minerais ou ses rivières, mais sa capacité à les gérer avec sagesse, éthique et vision. Il ne sera pas trop tard, vu le rythme accéléré auquel la croissance démographique croît.

DevHaiti

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