Économie

Retour sur les priorités du budget initial 2024-2025 et du « Budget de Guerre » du CPT

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Haïti continue d’égrener son chapelet de malheurs constitué de cataclysmes naturels, d’instabilité politique, d’insécurité généralisée maintenue par des groupes armés, de chômage, d’inflation et d’insécurité alimentaire. Face à cette situation, le CPT installé en avril 2024, après un budget rectificatif proposé en août de la même année, a préparé, présenté et adopté le Budget initial 2024-2025. Le Premier ministre d’alors, Gary Conille, a fait état des cinq grandes priorités de son gouvernement dans ce budget, parmi lesquelles le retour à la sécurité en Haïti et le redressement économique.

Le phénomène de l’insécurité, après avoir touché toute l’aire métropolitaine de Port-au-Prince et une bonne partie du département de l’Artibonite, tend à se propager, comme un cancer métastatique, dans  quasiment tous les recoins d’Haïti en paralysant tous les secteurs d’activité.  Qu’il s’agisse du transport terrestre, du commerce, de l’agriculture, du tourisme, de la santé, des activités scolaire et universitaire, de la finance et de l’économie, aucun secteur n’échappe jusqu’à présent à ce virus infernal.

En plus des obstacles causés par l’insécurité qui affecte le fonctionnement normal de la société depuis des années, cette situation constitue un handicap majeur à la croissance économique et au développement du pays, entraînant la fermeture ou la destruction des entreprises, freinant la production nationale, favorisant le chômage, augmentant le coût de la vie et contribuant à maintenir le pays dans un cycle de décroissance pendant sept années consécutives.

C’est dans ce contexte socio-économique et politique difficile que le CPT est arrivé au pouvoir en juin 2024 avec la mission de redresser la barre. Pour cela, il s’est doté d’un instrument, le Budget initial 2024-2025 d’un montant total de 323 445 000 000 gourdes. En effet, le lundi 30 septembre 2024, le Conseil des ministres a adopté le budget 2024-2025. Сe budget, d’une enveloppe globale de 323,445,000,000 est en hausse de 26,9% par rapport  au Budget rectificatif 2023-2024 d’un montant de 254,820,600,000 gourdes.  

Le budget initial 2024-2025 présente cinq grands chantiers prioritaires, identifiés dans la lettre de cadrage du Premier ministre Garry Conille. Ces cinq chantiers prioritaires sont ainsi répartis : Renforcement de la sécurité ; Redressement économique et réhabilitation des infrastructures ; Sécurité alimentaire et accès aux services  de base ; État de droit et Justice ; Autres Projets. Le coût total des chantiers prioritaires est estimé à  121 119 000 000 gourdes, soit 37,44% du budget initial.

Chacun de ces vastes chantiers vise des objectifs bien précis. Par exemple, pour le Renforcement de la sécurité, les objectifs visés sont, entre autres : la réhabilitation des commissariats et postes de police dans les zones touchées par les violences armées ; l’augmentation des effectifs de la PNH et des FADH ; l’acquisition des matériels de sécurité, etc.

Pour le chantier « Redressement économique et réhabilitation des infrastructures », les objectifs visés concernent : la réhabilitation des infrastructures critiques ; le développement des micros, petites et moyennes entreprises ; la modernisation des infrastructures économiques et sociales ; l’accélération de la digitalisation des services publics, etc.

Le chantier  « Sécurité alimentaire et accès aux services  de base » vise comme objectifs : la lutte contre l’insécurité alimentaire ; l’amélioration de l’accès à l’eau potable ; l’amélioration de l’accès aux soins de santé ; l’amélioration de l’accès à l’éducation, à la formation professionnelle et universitaire, etc.

Le chantier « État de droit et Justice » vise la construction et la Réhabilitation des tribunaux, le Renforcement des magistrats et du personnel judiciaire, la Réforme du système judiciaire, etc.

Quant au chantier « Autres Projets » sa mission consiste en la gestion des urgences, le Climat et l’environnement, Genre et Jeunesse, etc.

Le Budget de Guerre

Cependant, au début du 2e semestre de l’exercice fiscal 2024-2025, face aux contraintes éprouvées par le gouvernement pour atteindre ses objectifs de croissance fixes dans le budget initial, les dirigeants du CPT ont adopté le 14 avril 2025 un budget rectificatif. Ce budget de guerre, comme se plaisaient à le dénommer ses élaborateurs, est estimé à 323 451 000 000  gourdes contre les 323 445 000 000 gourdes du budget initial. Soit une augmentation d’environ 6 milliards de gourdes.

Réalisé sans le financement de la Banque centrale haïtienne, ce budget rectificatif 2024-2025 s’articule autour de cinq priorités stratégiques du gouvernement, à savoir, le renforcement de la sécurité publique et nationale; le redressement économique, la réhabilitation des infrastructures et la sécurité alimentaire et sanitaire; la conférence nationale et la réforme constitutionnelle; le rétablissement de l’État de droit et de la justice; l’organisation des élections.

La sécurité reste la priorité absolue, avec une augmentation de 11,8% du budget alloué aux institutions impliquées directement dans ce domaine. En effet, selon le communiqué du MEF, le Budget initial 2024-2025, la Police nationale d’Haïti et les Forces Armées d’Haïti ont bénéficié des allocations respectives de 29,985 milliards et 6 976 milliards de gourdes, soit un total de 36, 961 milliards de gourdes. Tandis que, dans le Budget rectificatif, les allocations de la Police et de l’Armée sont respectivement de  32,935 milliards  et de 8,376 milliards de gourdes. Ainsi, du Budget initial au Budget rectificatif  2024-2025, les allocations de la PNH et des FADH ont augmenté respectivement de 9,8% et de 20,1%.

 Ledit communiqué a souligné au passage d’autres secteurs bénéficiant également d’augmentations substantielles, tels que l’Éducation avec 4,6 milliards de gourdes (10,9%) ; Affaires Sociales : 4,6 milliards (25%) ; Défense 1,6 milliard de gourdes (20,3%) ; Justice : 2,3 milliards de gourdes (6,2%)

S’agissant des élections, un montant de 60 millions de dollars américains est déjà disponible dans le Basket Fund, et des ressources additionnelles seront mobilisées en temps voulu. a poursuivi le communiqué du MEF. Le budget de Guerre propose également des mesures de soutien à la croissance et à la production nationale, telles que : le relèvement des droits d’accise sur certains produits; l’extension à 10 ans de la période d’exonération fiscale pour les entreprises investissant en Haïti: le relèvement du seuil de passation des marchés publics.

Réagissant au Budget de Guerre, l’économiste Kesner Pharel, invité à Panel Magik  au lendemain de l’adoption dudit budget, a rappelé que pour l’exercice 2020-2021, le budget de la PNH était de 16,7 milliards de gourdes. Pour l’exercice 2024-2025, il est passé à plus de 30 milliards, soit une hausse de plus de 80 %. De son côté, le budget des FAD’H, inexistant en 2020-2021, totalise actuellement 8,4 milliards de gourdes.   

Le budget de la sécurité a augmenté aussi bien que la proportion des territoires perdus.  Selon Kesner Pharel, au-delà des chiffres, il faut analyser la performance des acteurs, car, conclut-il, « les résultats ne sont pas au rendez-vous ».

DevHaiti

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