Vers un cadre stratégique pour la gouvernance et le développement de la chaine de valeur du cacao haïtien
En phase d’élaboration, le document du cadre stratégique pour la gouvernance et le développement de la chaine de valeur du cacao d’Haïti à été présenté et mis en discussion au cours d’un atelier organisé récemment à l’hôtel Montana dans le cadre du projet « jaden kreyòl PROFISUD », financé par affaires mondiales Canada (AMC) et la Coopération en Suisse.
Avec l’expansion du marché mondial du cacao, une fenêtre d’opportunités s’ouvre aux pays producteurs, et Haïti en est un. Le cacao haïtien présente bien des atouts et des potentiels pouvant lui permettre de saisir les opportunités existant sur le marché mondial. Placé en 17e position sur le marché mondial parmi les pays producteurs du cacao, Haïti cultive plusieurs variétés de cacao, dont Criollo et Trinitario. Ces deux variétés sont très recherchées sur le marché de niche à cause de leurs qualités naturelles fines et aromatiques. Elles sont vraiment appréciées dans les chocolateries.
Toutefois, Haïti n’est pas sur la liste des 15 pays exportateurs de cacaos fins et aromatiques, reconnus par l’Organisation internationale du cacao (ICCO) dans l’accord international de 2010. Le cacao haïtien est écoulé principalement sur les marchés de l’Amérique du Nord avec notamment les États−Unis qui achètent 75% dudit produit et seulement environ 20% se vendent sur le continent européen. À partir de 2008, Haïti commençait avec la fermentation du cacao grâce à la Fédération des coopératives cacaoyères du Nord (FECCANO). Le cacao fermenté est commercialisé en tablettes de chocolat en France qui achète plus de 70% des produits. En termes de productivité, la production de cacao est faible en Haïti, variant entre 5 000 et 14 000 tonnes par an pour la période de 2000 à 2022.
Sans le renforcement des pratiques de fermentation, les chances du cacao haïtien de mieux se positionner sur le marché international se réduisent sérieusement. En outre, il existe aujourd’hui une série de défis auxquels le cacao haïtien fait face: «la vieillesse des plantations provoquant entre autres une faible productivité ; l’absence générale de référentiels technico−économiques ; la méconnaissance du patrimoine génétique disponible ; la faiblesse des compétences nationales en production, en fermentation et en transformation du cacao ; le faible accès du cacao haïtien sur les marchés spéciaux ; l’absence de gouvernance où de nombreux acteurs publics, privés et associatifs interviennent sans aucune coordination et souvent avec des approches différentes, voire contradictoires».
Fort de toutes ces considérations, le projet Jaden kreyòl PROFISUD, identifiant les atouts du cacao haïtien, veut jeter les bases pour rendre ce produit compétitif et durable. À travers ce projet, des consultations sont prévues dans l’objectif d’élaborer, pour les dix prochaines d’années, un cadre stratégique pour le développement et la gouvernance de la chaine de valeur du cacao d’Haïti.
Group Croissance joue un rôle prépondérant en appuyant ledit projet dans cette initiative. Il a privilégié une approche consultative, interactive et inclusive afin de prendre en compte tous les acteurs de la filière du cacao. Quatre étapes sont prévues par le projet Jaden kreyòl PROFISUD dans le cadre de cette initiative: inventaire des acteurs de la filière cacao d’Haïti ; − diagnostic et planification techniques et participatifs ;− élaboration du cadre stratégique pour le développement et la gouvernance de la filière cacao en Haïti ;− restitution, validation et diffusion du cadre stratégique pour le développement et la gouvernance de la filière cacao en Haïti.
En ce qui a trait à la dernière étape, un atelier de restitution a été organisé à la fin du mois d’août par Group Croissance, de concert avec Agronomes et vétérinaires sans frontières (AVSF). Au cours de cet atelier qui a réuni des acteurs publics et privés de la filière cacao, le ministre de l’Agriculture, Joseph
Vernet, a remercié tous les acteurs ayant contribué à l’élaboration du document Cadre stratégique pour le développement et la gouvernance de ka chaine de valeur du cacao haïtien, en l’occurrence Group Croissance, Agronomes et Vétérinaires sans frontières (AVSF) et des professionnels du ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR) d’avancer quelques chiffres sur la filière cacao.
Participant également à cet atelier, la représentante de Agronomes et Vétérinaires sans frontières, Emitha Mingot, a remercié les organismes qui soutiennent financièrement le projet Jaden kreyòl PROFISUD et le MARNDR pour son accompagnement à travers l’Institut national du café d’Haïti (INCAH). «AVSF se réjouit d’avoir participé au processus ayant abouti à l’élaboration de ces propositions de cadre d’orientation stratégique qui doit contribuer à un développement efficace et une meilleure gouvernance de cette filière combien importante pour le pays», a affirmé Emitha Mingot, précisant que ce travail a permis de présenter la filière cacao avec ses contraintes et ses potentiels pour continuer à contribuer à l’économie nationale et à la protection de l’environnement.
Pour sa part, le patron de Group Croissance, Kesner Pharel, a mis l’accent, au cours de son exposé, entre autres, sur la productivité et la compétitivité. Il a expliqué comment créer l’avantage lié à la compétitivité.
Au cours de cet atelier, la question de qualité a été posée avec acuité. «Les problèmes de qualité sont liés principalement au manque de standard et de normes notamment en ce qui concerne la préparation du cacao après récolte», lit−on dans ce document qui faisait l’objet de débats lors de l’atelier de restitution.
Une fois que la rédaction du document cadre stratégique sera terminé, il sera soumis à l’INCAH qui joue le rôle de régulateur de la filière cacao.
Jeanty Gérard Jr.
DevHaiti

